Si les problématiques et les personnages homosexuels se sont banalisés dans la littérature des vingt dernières années, il semblerait que le milieu de la bande dessinée les intègre avec plus de difficultés.

Jusqu’à récemment, point de salut pour les homosexuels en bande dessinée. François Peneaud, amateur et chroniqueur de BD, nous explique que l’homosexualité n’a pas été abordée de façon explicite avant la fin des années 70, quand Alex Barbier a publié deux albums Lycaons et Le Dieu du 12, «héritiers directs du travail d’un William Burroughs, entre fantasmes et fable morale». Globalement, les auteurs de bandes dessinées francophones, travaillant pour beaucoup à des publications pour la jeunesse, «ne se sont pas pressés pour mettre en scène des personnages homos». Une tendance confirmée par les responsables des éditions gays et lesbiennes H&O ; dans leur important catalogue de comics et mangas figurent seulement trois auteurs français.

Une nouvelle génération d’auteurs émerge cependant, apparemment plus décomplexés. Certains ont fait le choix de parler d’homosexualité sur le mode de l’autobiographie. Parmi eux, Jean-Paul Jennequin a même créé une collection spécifiquement dédiée aux œuvres thématiques homosexuelles, intitulée Bulles gaies, pour laquelle il a demandé un album à Hugues Barthe. Le jeune auteur avoue qu’il «n’aurait peut-être jamais pensé à aborder le sujet de l’homosexualité s’il n’avait pas eu cette commande». Il a néanmoins poursuivi sur cette voie, en publiant cette année Dans la peau d’un jeune homo, un album dans lequel on suit les aventures et les réflexions d’un ado qui découvre sa sexualité.

Des stars ou du cul

Hugues Barthe considère que «le milieu de la BD est très macho, que les gays y sont étrangement absents. Sur les festivals, j’ai l’impression d’être un extra-terrestre et je me rends compte à quel point l’homosexualité est un sujet tabou». On aurait pu attendre un changement d’ère avec la récompense attribuée au maître du genre, Ralf König, au festival d’Angoulême. Mais il est, selon François Peneaud «un cas à part, celui d’un auteur ouvertement homo qui a réussi à fédérer un public assez large autour d’albums qui sont pour certains, très, très pédés, et pour d’autres plus généraux». C’est lui qui signait en 2005 la couverture d’un hors série spécial gay friendly du magazine Fluide glacial, autre indice d’une banalisation espérée de l’homosexualité dans la bande dessinée.

Quelques exceptions donc, pour confirmer une règle : la BD grand public reste très frileuse quant au traitement des sexualités minoritaires, les auteurs homosexuels se replient donc souvent sur des œuvres érotiques communautaires. Ce sont ces publications qui rencontrent le plus de succès dans le catalogue des éditions H&O ; du coup, nous explique-t-on là-bas, «les auteurs ont plutôt tendance à travailler dans ce sens». Un repli qui n’est pas une fatalité pour Hugues Barthe dont l’ambition est de «toucher le public le plus large possible en racontant des histoires avec des personnages homos mais pas seulement».

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