«And I would never kiss anyone / who doesn’t burn me like the sun» et je me rappelle chaque baiser comme le premier… Cette flambée de romantisme décomplexé, attisée par un déluge de cordes et placée en ouverture d’album donne le La. Jens Lekman est du bois dont on a jadis fait Morrissey ou Jonathan Richman, le genre de type pétri d’idéaux amoureux, assoiffé d’absolu et donc inévitablement voué à la déception, aux déchirures et aux cicatrices. Si vocalement le jeune homme penche plutôt du côté d’un certain lyrisme smithien (toutes proportions gardées, la parenté la plus évidente étant celle de Stephin Merritt des Magnetic Fields, pour en finir avec les références), ses mots sont bel et bien le fruit de l’école Richman.

Idéalisme, donc, ultra-sensibilité, auto-dérision et sens aigu de la mise en scène. Émouvantes chroniques sentimentales, les chansons du Suédois sont parfois moins légères et monomaniaques qu’elles n’en ont l’air. Shirin, par exemple, délicieuse guimauve décrivant le trouble causé par une coiffeuse sensuelle, glisse insidieusement sur la guerre en Irak et le travail clandestin des réfugiés. «Une goutte de sang dans un verre de lait» résume très bien Lekman, parfait dans son rôle de jeune maître du doux-amer.

Photo à la une : Jens Lekman ©Jens Lekman

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