Les Intranquilles et le festival des sept collines accueillent coup sur coup quelques-uns des projets artistiques les plus excitants de la saison.

 

Des figures par dizaines à Lyon et à Saint-Étienne fin juin et début juillet. Littéralement d’abord, des figures acrobatiques qui n’auront jamais aussi bien «figurer» justement, un imaginaire ou un propos social. Le champ du nouveau cirque, exploré depuis plusieurs années par les Subsistances, ne réduit pas le sens d’une galipette à sa réalisation ; l’acrobatie et le travail corporel prennent place dans un dispositif narratif plus large, aux côtés d’un éventuel texte, de la musique, de regards… C’est l’ambition de la compagnie Un Loup pour l’homme avec la création Appris par Corps. Comment se fait-il que personne n’y ait pensé plus tôt ? La structure du duo, formé par le porteur et le voltigeur en acrobatie, se prête parfaitement à la représentation de la gémellité décrite par Michel Tournier dans son magnifique roman Les Météores. Jean et Paul ont été élevés comme une entité unique à deux têtes, jusqu’à ce que Paul s’en aille faire le tour du monde, poursuivi par le frère esseulé. Alexandre Fray et Frédéric Arsenault n’illustrent pas cette histoire mais s’en inspirent en livrant un spectacle très énergique, entre catch, danse contact et cirque. L’acrobatie s’insère dans une narration encore plus assumée chez David Bobée : Cannibales, écrit par Ronan Chéneau, raconte l’histoire d’un couple qui décide de s’immoler par le feu. La pièce se déroule dans un loft façon Ikea ; les musiques, la vidéo, l’acrobatie prennent le relais de la parole quand celle-ci devient insensée. Figures d’une génération de trentenaires en quête de grands projets, ou déjà désespérés de ne pas en avoir, les personnages de Cannibales semblent en tout cas ne pas accepter la société marchande et surveillée dans laquelle ils évoluent.

Transfigurations

Critique plus solitaire et sensible de la société de consommation, Lili Handel est un bijou en forme de performance. Le bulgare Ivo Dimchev crée un personnage sans sexe, sans parole, aux allures de diva fanée, qui rejoue en mode mineur sa gloire passée ; sublime et pathétique. Un simple fauteuil et quelques objets constituent l’univers de cette statue de chair, vivante, qui s’offre au spectateur avec autant de dévotion que de pudeur. Le don se transforme en transaction, quand Lili Handel prélève son propre sang puis le vend aux enchères. Possible que cette performance fasse écho, accidentellement, à la création de Steven Cohen, quelques jours plus tôt aux Intranquilles, qui a voulu produire «une danse sur la moralité du commerce et les rituels de lamentation – dans une vie où tout est à vendre et où tout s’achève dans la mort». C’est un commerce dont la moralité a été longtemps douteuse, que raconte de son côté Vanessa Van Durme en mettant en scène son histoire, soit son changement de sexe dans les années 70 au Maroc. Regarde maman, je danse, est un spectacle bouleversant. La comédienne repérée par Alain Platel joue tout : elle petit garçon, la mère qui se reproche d’avoir désiré une fille, le père qui ne comprend pas mais aime malgré tout, le client qui dit «avale, salope, avale», Fatima l’infirmière «ange gardien de tous les transsexuels» qui passent par la clinique du Parc à Casa. Vanessa Van Durme joue tout mais surtout elle-même, avec une ironie, une gravité et une générosité magnifiques.

Lili Handel les 7 et 8 juillet, Regarde maman, je danse le 9 juillet, dans le cadre du festival des sept collines à Saint-Étienne / 04.77.21.90.44
Appris par corps les 19 et 20 juin, Cannibales du 18 au 20 juin, dans le cadre des Intranquilles aux Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent-Lyon 1 / 04.78.39.10.02

www.festivaldes7collines.com

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