Wendy Delorme est universitaire, auteure et performeuse ; dans ses écrits comme sur scène, elle interroge les pratiques sociales ou spectaculaires du genre.

 

wendy delormeVous sentez-vous héritière de mouvements radicaux gays et lesbiens des années 70 ?
Wendy Delorme : Oui, évidemment. Je dis évidemment parce que la plupart de mes amant(e)s ont plus de quarante-cinq ans et ont vécu cette période. La transmission intergénérationnelle, c’est très important pour (c’est l’un des thèmes centraux dans mon roman Quatrième Génération) parce que dans la vie j’ai été inspirée par des auteur-e-s, des rockeuses, des femmes et des transsexuels qui avaient porté le mouvement de la révolution sexuelle, de la révolution des femmes avant l’émergence du mouvement queer. J’ai toujours aimé fréquenter des personnes plus âgées, qui ont participé à des événements qui se sont produits avant même ma naissance. Être avec ces personnes, c’est la façon la plus vivante de se voir transmettre des idéaux, des principes, une énergie viscérale qui donne envie aux nouvelles générations de marcher aussi, dans la rue, de créer, d’avancer dans la continuité de nos aînés.

Considérez-vous vos performances comme moyen d’action politique ?
Wendy Delorme : Sur scène, avec l’humour, et en mélangeant les codes du drag king, du travestissement de genre, du burlesque et du strip-tease, je fais passer des choses autrement qu’avec les mots. Mais, pour moi, la scène et l’écriture sont complémentaires. Si j’utilise mon corps, c’est pour dire les mêmes choses qu’avec mes mots, mais en m’exprimant différemment, dans un langage qui m’est aussi essentiel. Sur scène, il y a la pression de l’expérience directe avec le public, devant la caméra il y a l’œil chatouilleur de la réalisatrice, qui titille mes tendances exhibitionnistes et participe du fantasmes (voir les pornos queers politiques réalisés par Wendy Delorme avec Émilie Jouvet, NdlR) et devant mon cahier ou mon ordinateur, il y a moi avec moi, personne qui me regarde, je fais sortir des choses plus complexes et plus enfouies. Mais finalement, je dis toujours les mêmes choses, c’est seulement le média qui change et avec lui l’impact sur autrui.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre recueil de textes à paraître prochainement ?
Wendy Delorme : Pas avant d’avoir signé avec un éditeur ! Je suis superstitieuse. Je tiens ça de ma grand-mère. Mais sur les deux textes que je vais lire aux Assises de la mémoire gay et lesbienne à Lyon, je peux déjà dire que c’est une nouvelle étape d’écriture pour moi ; je me suis sentie plus libre de jouer avec le langage, après avoir lu un texte d’une grande inventivité langagière écrit par une amie auteure, Céline Robinet, quelque chose s’est débloqué en moi, les mots se sont mis à jouer ensemble. Je me suis permis de les combiner, de les heurter, de les choquer entre eux d’une façon nouvelle, tout en continuant de dérouler mes tripes en racontant des histoires qui sont intimes, qui me collent à la peau, qui mettent à jour des vécus alternatifs. Cette nouvelle liberté dans l’écriture, je la dois à Céline. C’est l’exemple même de ce que la fréquentation d’autres artistes peut libérer en nous de ressorts créatifs qui ne demandent qu’à bondir.

Quatrième Génération de Wendy Delorme (éditions Grasset)

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