Stéphanie Arc est membre de SOS homophobie, co-auteure de l’Enquête sur la lesbophobie et auteure de Les Lesbiennes (coll. « Idées reçues », éd. du Cavalier bleu).

C’est la première fois en France qu’une enquête est réalisée sur la lesbophobie ?
En effet, on ne disposait à cette échelle d’aucune enquête spécifique sur le sujet. Nous avons recueilli 1793 questionnaires exploitables. C’est une première ! Des données avaient certes été récoltées auparavant mais elles concernaient les « femmes qui ont eu des rapports homosexuels au cours de leur vie », et non celles qui se définissent comme lesbiennes.

Comment expliquer que cette réalité ne soit étudiée qu’aujourd’hui ?
D’une part, on est toujours confronté, en France, au tabou des minorités, qui sont appréhendées avec beaucoup moins de complexes outre-Atlantique. De l’autre, dans la plupart des institutions, des associations, des médias, etc., on trouve encore à peu près 80% d’hommes et 20% de femmes. Malheureusement, cette « règle des 80/20 » vaut aussi dans le champ des études et du militantisme gay et lesbien. SOS homophobie par exemple, qui est une association fondamentalement mixte, est toujours en déficit de militantes…

La lesbophobie s’exprime-t-elle de la même façon que l’homophobie ?
Je préfère pour ma part utiliser le mot gayphobie pour bien distinguer les deux. La lesbophobie est plus difficile à identifier. D’abord parce qu’on en parle moins. Mais aussi parce que ses manifestations sont plus latentes, si l’on omet les insultes explicites (« sale gouine »…), plutôt fréquentes. Cependant, nous savons aujourd’hui grâce à l’enquête, que deux lesbiennes interrogées sur trois ont été victimes de lesbophobie. Une sur deux dans leur « vie quotidienne » (rue, transports en commun, sorties de boîte…), et la même proportion dans leur famille. Pourquoi ? Historiquement, l’homosexualité masculine a plutôt été réprimée par les institutions « publiques » (l’église, la loi, la prison…) tandis que l’homosexualité féminine l’a surtout été au sein de la sphère privée, et la famille en premier lieu. Néanmoins, je suis plutôt optimiste, la situation s’améliore peu à peu. La preuve : contrairement à Baudelaire en son temps, on peut aujourd’hui intituler sans souci un livre « Les lesbiennes » !

www.sos-homophobie.org

 

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