Klaus Mann Le tournant Actes SudMoins célèbre que son père Thomas, Klaus Mann n’en fut pas moins un écrivain remarquable. En marge de son œuvre romanesque, Le Tournant est un livre magistral.

 

Si le sous-titre dit humblement qu’il s’agit de «l’histoire d’une vie», c’est manifestement à l’exercice des Mémoires que s’est livré Klaus Mann. Celle d’un dandy épris de liberté qui se débat contre l’étau de son siècle. Talent précoce (ses premières pièces sont éditées alors qu’il n’a que dix-huit ans), voyageur insatiable, homosexuel flamboyant et explorateur de paradis artificiels, Klaus Mann s’avère un témoin précieux de cette période-charnière, entre les années folles et l’irrésistible ascension du nazisme. Jouisseur de première classe, il apparaît néanmoins doté d’une conscience politique dont ne pouvaient alors pas se prévaloir tous ses compatriotes. Il la partageait en tout cas avec son inséparable sœur Érika, au côté de qui il fréquente toute la bohème européenne et occidentale de l’époque. Car l’entre-deux guerres couve une émulation artistique et intellectuelle incroyable, parrainée par quelques tuteurs comme Gide ou Cocteau, dont Klaus Mann revendique l’héritage. Les allers-retours incessants qu’opère l’auteur entre son histoire intime et les tourments de l’époque rendent son récit aussi sensible que passionnant. Le Tournant compte sans doute parmi les documents les plus sincères et les plus haletants sur ces années folles puis terribles de la première moitié du vingtième siècle.

 

Le « Tournant » de Klaus Mann (aux éditions Actes Sud)

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