Un lien puissant existe entre musique ancienne et homosexualité. Réalité ou mythologie? Amorce de réponse à l’occasion du festival d’Ambronay.

Il ne faut pas sortir de la cuisse de Dominique Fernandez pour se poser la question qui agace ou qui ravit : pourquoi la musique ancienne attire comme de petites mouches très cultivées tout un tas d’homosexuels ? On peut trouver la question triviale, on peut se dire qu’elle est simpliste, voire stérile, mais on peut également y réfléchir la tête bien reposée par des vacances inoubliables pendant lesquelles nous sommes tous allés entendre un merveilleux concert baroque… La boucle est pratiquement bouclée, elle prend même un sens certain et fort intéressant. Les vieux poncifs sur le sujet sont nombreux : sensibilité bien au-dessus de la moyenne qui ferait que l’homosexuel entend tellement bien les mélopées baroques suaves à l’excès, intellect brillant et raffiné, propension à jouir mieux que quiconque des harmonies complexes du XVIIe siècle. Laissons ces pensées aussi drôles qu’idiotes à ceux et celles qui s’en gargarisent et laissons par la même occasion la question en suspens. Voyons de près la programmation du 29e festival d’Ambronay. Son titre même, en forme de questionnement, est si radical qu’il fait du bien «Femmes, le génie interdit ?». Faut-il le rappeler, jusqu à présent, les femmes dans le domaine musical ont dû faire avec un machisme peut-être méconnu mais d’une grande violence, couplé d’un immense cynisme. Pour exemple, elles n’ont pu intégrer l’orchestre qu’au XXe siècle (en 1997 pour l’orchestre de Vienne…) alors bien sûr, chefs d’orchestre, compositrices… La femme musicienne est une femme de l’ombre.

De l’émancipation

La programmation d’Ambronay, très ambitieuse, remplie d’œuvres inattendues, est riche de musiques d’une belle diversité, de personnalités aussi singulières qu’étonnantes. Alain Brunet, le directeur artistique, affiche une volonté renouvelée chaque saison de surprendre, d’émouvoir et surtout de secouer nos envies souvent ronronnantes. Cette année, il ose au-delà de tout et par avance, il faut lui tirer chapeau bas. Bien sûr, ce festival offre une multitude de gros bijoux : le duo Philipe Jaroussky/Christina Pluhar vient chatouiller nos oreilles par des œuvres virtuoses et raffinées ; Franz Brüggen, chef hors norme, spécialiste évident du XVIIIe arrive avec Les Indes galantes de Rameau. D’autres choix plus osés mettent en avant des trésors totalement méconnus. Des femmes venues de loin comme Saira Begum, Francesca Cassio ou encore Houria Aïchi rediront que leur liberté passe par leur état de musiciennes et feront découvrir des airs arabo-musulmans ou indiens d’une belle sensualité. Autour de ce programme viennent se greffer comme de petits alvéoles singuliers tout un tas de petits moments qui enrichissent à souhait les concerts du festival. Pour preuve, des conférences, des débats, des ateliers… Tous dans vos starting-blocks.

Du 18 septembre au 12 octobre 2008 / 04.74.38.74.04
www.ambronay.org

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