comme les autres

Quand la comédie française entreprend de parler d’homoparentalité, cela donne une soupe aussi insipide que Comme les autres. Une spécialité nationale dont on se passerait facilement…

 

Peut-être tout l’enjeu de Comme les autres est-il contenu dans son titre. Et peut-être ce titre si signifiant porte-t-il en lui l’échec de ce film. Peut-être aussi la (bonne) volonté contenue dans ces trois mots de normaliser au maximum les homosexuels explique-t-elle l’incapacité du cinéma populaire français à traiter intelligemment de questions de sociétés liées à l’homosexualité (couple, parentalité, etc.) alors qu’en Espagne, en Grande-Bretagne ou en Italie, des films de même nature (des comédies destinées au grand public) y parviennent. Il suffit de comparer pour s’en convaincre. D’un côté Comme les autres s’efforce de lisser au maximum les images des gays pour les rendre acceptables : pas de sexe entre eux par crainte de choquer les spectateurs hétéros (la seule scène d’amour est entre l’un des membres du couple et la future mère de leur enfant), rien qui puisse rappeler à première vue les plus ou moins vieux clichés sur les homos (les deux hommes ne sont en rien efféminés ou maniérés, ils ne vont pas dans le Marais ni dans les backrooms)… Mais cette version tristement politiquement correcte n’est en rien exempte de stéréotypes jamais assumés (ces pédés « comme les autres » ont néanmoins de bons métiers, de beaux appartements pleins de beaux objets, un goût vestimentaire et artistique exquis, de bonnes copines célibataires amoureuses d’eux, etc.) ; elle génère, peut-être de façon inconsciente et bien intentionnée, ses propres dérives. Le désir d’enfant que manifeste Lambert Wilson et auquel se rallie, in fine, Pascal Elbé, apparaît ici comme l’étape ultime (après le « quasi-mariage » qu’est, dans la tête de nombreuses personnes, le Pacs) de la normalisation de gays définitivement rentrés dans le rang. La morale à laquelle aboutit en effet le film est que, straight ou gay, en couple ou célibataire, en famille traditionnelle ou recomposée, nulle vie n’a de sens sans enfant à la clé… La boucle dès lors est bouclée : en ressemblant aux hétéros (couple, gamins, vie de famille…), les gays ne remettent plus en cause l’ordre social ou sexuel, et sont bel et bien devenus «comme les autres».

Modèles alternatifs

Beau projet dans le principe (l’égalité et les droits qui vont avec) qui passe dans les faits par l’effacement de tout ce que la vie gay a de spécifique. À l’inverse, des films espagnols comme Cachorro, Reinas ou Boystown (sorti en DVD chez Optimale) ou italiens comme Tableau de famille, tout en portant cette même exigence de reconnaissance et de droits égaux, refusent de faire le deuil de l’identité homosexuelle. On peut même dire qu’ils la clament haut et fort et s’en servent pour faire évoluer les mentalités au sein de leurs sociétés respectives. Là où Comme les autres ne se risque qu’à un effleurement un peu sensuel entre Wilson et Elbé, Cachorro (où un gay se retrouve également à devoir élever un enfant) débute par une scène d’amour entre trois bears. Là où le film de Vincent Garencq donne l’hétérosexualité et son mode de vie comme modèle d’épanouissement aux gays, Tableau de famille fait de la joyeuse famille réinventée par les homosexuels vivant dans un immeuble une alternative séduisante au morne couple hétéro-bourgeois. On pourrait multiplier les exemples pour montrer le fossé existant entre ces deux approches. On pourrait se dire que ce n’est pas important, qu’il s’agit juste de deux démarches divergentes pour arriver au même résultat (l’acceptation de l’homoparentalité) si l’une (la française) n’échouait pas sur toute la ligne (le film n’est ni drôle, ni touchant, ni juste, ni fin et ne devrait pas faire de miracles au box-office) quand l’autre donne des résultats plus qu’honorables et attire un vaste public…

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