La rareté des footballeurs gauchers les contraint souvent à jouer les utilités quand cette particularité est un atout dans les sports individuels.

Les Jeux Olympiques ont rappelé la supériorité des gauchers dans certains sports d’opposition. La perturbation de l’adversaire, moins habitué à jouer avec un gaucher, semble une explication rationnelle, même si, selon Guy Azémar (*), médecin du sport et chercheur en neurosciences, elle n’explique pas tout : au fleuret, par exemple, l’omniprésence des gauchers, de plus en plus marquée à mesure que la compétition avance, ne tient pas du fait de leur seul bras, mais de la dominance de leur œil… droit. Le modèle «traditionnel» chez l’humain est celui de la dextralité homogène (dominance de la main et de l’œil droits)). La sinistralité (gauche) est plus volatile. Lorsque le gaucher a un œil droit dominant, il serait davantage «performant en condition de forte incertitude spatiale et temporelle, si le temps accordé pour réagir est très bref». Idéal pour le fleuret en somme. De l’art d’être bi pour compter fleurette et, dès lors, se servir deux fois moins de sa main. Le problème est beaucoup moins neurologique chez les footeux, ce qui ne manquera pas d’en faire sourire certains. Les gauchers représentent 10 à 15% de la population totale, un chiffre que l’on retrouve à peu près dans les effectifs de l’équipe de France (trois gauchers sur vingt-trois lors de l’Euro) ou de l’OL (trois sur vingt, dont un gardien). Deux postes leur sont généralement alloués (arrière gauche et milieu ou ailier gauche), les entraîneurs optant majoritairement pour que les joueurs de côté évoluent sur leur «bon pied». Se partager 20% des places lorsque l’on représente 10% de l’échantillon pourrait sembler une aubaine. Mais être titulaire ne garantit pas le bonheur. Car comme tout le monde, le gaucher a des aspirations. Et au foot, elles se situent principalement dans l’axe du terrain, là où les choses se passent, ne serait-ce que pour la proximité des cages, qu’on les attaque ou qu’on les défende. Hatem Ben Arfa est parti à Marseille prouver qu’il est le plus grand génie du foot français en se voyant confier le rôle du chef d’orchestre après n’avoir été qu’un second violon à Lyon, exilé le long de la craie. Et les exemples sont nombreux. Car c’est bien là le paradoxe du footballeur gaucher : exceptionnel par définition, il n’existe que par sa simple fonction pratique.

* L’homme asymétrique – Gauchers et droitiers face à face, CNRS, 2003, 324 pages

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.