De Mireille Havet (éditions Claire Paulhan)

«Ils sont pour moi d’infâmes faiseurs d’enfants, blesseurs de rêves, ennemis et bourreaux de nos tendresses et de nos féminités. J’ai la haine de l’homme !». Mireille Havet s’emporte comme une enfant de vingt ans. C’est l’âge qu’elle a en 1918, au moment où nous la rejoignons grâce à son magnifique journal. Un journal monumental au tournant du siècle, rédigé entre l’armistice et le krach boursier de 1929, trois ans avant sa mort. Le premier volume (dont l’épaisseur n’arrêtera personne, contrairement aux deux suivants) nous fait découvrir la personnalité flamboyante d’une lesbienne brillante et courtisée des années folles. Ses passions, ses mélancolies et ses détresses sont également intenses, encore amplifiées par la puissance d’un style aussi riche que rythmé. Les excès de sa jeunesse sont touchants, la lucidité de cet enfant prodige est quant à elle déroutante : elle maîtrise parfaitement les règles du jeu mondain, des parades amoureuses et sait très bien ce que sa jeunesse déclenche comme convoitises et comme égards. Mireille Havet n’aime pas les hommes, mis à part Apollinaire son guide littéraire mort à la guerre et quelques homosexuels, dont Jean Cocteau. Dans ce premier volume, elle est encore jeune, à la recherche de nouvelles expériences ; mais on sent déjà que ce qui lui plait dans la volupté, c’est l’abandon. Cette inclination n’est sans doute pas étrangère à l’opiomanie avec laquelle elle devra composer dès le début des années 20. «Enfant prodige… hélas» prédit elle-même la jeune fille en 1919.

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