Le cuir est une matière très prisée par de nombreux libertins, quelque soit leur sexualité. Entre mode, communauté et fétiche sexuel, le cuir déchaine dans tous les cas les passions.

«Comment voulez-vous qu’un jeune garçon, sans doute génétiquement prédisposé à ne pas être d’une virilité écrasante ne soit pas déboussolé par une série telle que Chapeau melon et bottes de cuir ?». Alex Taylor, journaliste très smart surnommé le «Monsieur Europe» des media français (France 3, Arte ou France Inter), trace dans son journal d’un apprenti pervers la généalogie de son goût d’adulte pour le cuir et le latex. Alex Taylor raconte avec beaucoup d’ironie et de distance les origines de ses passions fétichistes ; passions qui si elles restent souvent taboues, n’en sont pas moins assez largement partagées. Agnès Giard est journaliste à Libération, spécialiste des contre-cultures, du Japon et de l’art déviant ; elle constate que de nombreux amateurs de cuir ont été, comme le jeune Alex, marqués par des images durant leur enfance : le souvenir d’Emma Peel dans Chapeau melon est récurrent, on retrouve aussi de nombreux super héros dans le panthéon des icônes en combinaisons. Des images de western même sont parfois à l’origine de vocations : comme celle de Gary Grant se faisant fouetter par Liberty Valance en cuir dans le film de John Ford Qui a tué Liberty Valance. La plupart d’entre nous n’impriment vraisemblablement pas ces images, tout du moins pas de façon fantasmatique, d’autres certainement les refoulent, une partie enfin, les laisse resurgir. Ceux-là forment une communauté. Avec des références, des codes, des lieux de rencontre, des réseaux. Pour l’Anglais Mark Benett, auteur d’un essai sur les «Soirées bizarres», «nos ancêtres préhistoriques s’habillaient déjà sexy quand ils enfilaient leurs peaux d’ours. Les soirées modernes répètent les rituels primitifs». En 1883, le Français Alfred Binet s’intéressait déjà dans son livre Le Fétichisme dans l’amour, aux amateurs de vêtements qu’il appelait «les amants du costume». Mais la communauté éclatée des adeptes du cuir (ainsi que du vinyle, du latex…) prend véritablement corps dans les années 80 avec le développement d’une presse et de soirées spécifiques.

Fêtes païennes

Les amateurs vous le diront : le fétichisme ne correspond pas à proprement parler à une sexualité, mais plutôt à une mise en scène et un désir de sublimation de soi. Agnès Giard compare les fétichistes à «des paons qui se mirent dans leur propre queue érigée en parabole»… C’est pourquoi les soirées dans lesquelles ils se rassemblent sont qualifiées de «soirées bizarres» plus que de «sex parties». Les plus importantes en France sont la Nuit Élastique, qui accueille environ 400 personnes chaque mois et la Nuit Démonia, annuelle, où se retrouvent entre 1500 et 2000 participants. Plus que du sexe, ce qu’ils viennent chercher là, c’est la possibilité de devenir quelqu’un d’autre, de changer de peau. Agnès Giard parle de «Brain orgy», de «partouze pour les yeux seulement», fondée sur le principe de la «masturbation visuelle». L’excitation est ici provoquée par la métamorphose. Il s’agit de devenir (ou de redevenir) une bête, de lever les inhibitions, de laisser s’exprimer ses désirs. L’homme ou la femme deviennent des bêtes de sexe, surmâles ou surfemelles. Mais qui sont donc les pratiquants de ces chastes orgies ? Pour Agnès Giard, «ils n’ont aucun point commun, on rencontre autant de plombiers que de médecins ; la seule chose qui les réunit, c’est leur amour du cuir ou du latex». En effet, la seule condition pour participer aux festish parties est de respecter le dress code (code vestimentaire), le minimum «étant de porter un pantalon ou une jupe en cuir, vinyle ou latex», peut-on lire sur le site de la Nuit Demonia. Alors à vos bottes !

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