Inconscient, désir, foi et pouvoir : des thèmes relativement classiques sur les planches pour des propositions originales. Quelques pistes pour faire ses choix dans la saison théâtrale 2008-2009 en Rhône-Alpes.

 

La Blanche neige de Preljocaj, qui clôt la Biennale de la danse, opère parfaitement la transition vers la saison théâtrale. En effet, de nombreux personnages de contes fouleront les scènes lyonnaises, proposant des lectures peu innocentes de leurs histoires. Joël Pommerat excelle dans ce registre ; il présente Le Petit chaperon rouge (Théâtre de Vénissieux, Toboggan de Décines et Radiant à Caluire) et Pinocchio (Villefranche, MC2:Grenoble), que l’on a déjà vu l’an passé. Si le théâtre de Pommerat est illusionniste et esthétiquement très travaillé, on retient surtout le trouble de l’assemblée face à ce pantin, souvent irresponsable qui cède à toutes les tentations. Un refus de grandir, une envie permanente d’euphorie et de volupté : une réflexion sur deux traits de caractères qui interpellera sans doute autant, sinon plus, les adultes que leurs enfants. Également happée par un monde fantaisiste aux règles inconnues, Alice de Lewis Caroll fera deux visites dans l’agglomération au mois d’avril : au Toboggan de Décines, où Jean-François Auguste et Madeleine Louarn ont décidé de traverser le miroir avec sept acteurs professionnels handicapés mentaux. C’est une enquête sur la logique, sur «le sens et le non-sens, l’endroit et l’envers, le réel et le virtuel» que proposera quant à lui Benoît Bradel au Théâtre de la Renaissance, d’après un autre livre de Lewis Caroll, Through the Looking-Glass and what Alice found there (De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice y trouva). Ces deux Alices sont destinés aux plus jeunes et aux adultes, indifféremment. Ce qui n’est pas le cas d’Hansel et Gretel, sous-titré «Conte pour adultes» que la compagnie Das Fraulein présente au Radiant de Caluire et au Toboggan de Décines. Il s’agit de l’une des curiosités très attendues de la saison. Un couple à table est prêt à fêter ses noces, devant petits fours et champagne ; leurs convives sont «diffusés» sur des écrans de télévision et ne semblent pas du tout se réjouir de l’événement. Un travail sur l’isolement et les rapports privés qui a été unanimement salué.

Épouses et tentatrices

Autre spectacle très attendu, qui met en scène un couple en recevant un autre dans son bel intérieur : il s’agit de Qui a peur de Virginia Woolf, d’Edward Albee, mis en scène par la compagnie belge De Koe. Le travail de ces acteurs est proche de celui de TG Stan. La preuve ? L’un d’eux, Peter Van den Eede, était l’un des convives d’une autre petite sauterie à table, My dinner with André (que l’on avait vu au Point du jour en 2007). Qui a peur de Virginia Woolf est l’une des pièces les plus célèbres du très célèbre dramaturge américain Edward Albee, hélas peu joué en France. Elle fut adaptée au cinéma en 1967 avec Richard Burton et Liz Taylor. Si de nombreuses pièces d’Albee abordent frontalement le thème de l’homosexualité, celle-ci ne le fait qu’en creux ; ce qui n’empêche pas de saisir cette rare occasion de découvrir le théâtre d’Edward Albee. Autre histoire de famille, autobiographique cette fois : Regarde maman, je danse, le bouleversant récit de Vanessa Van Durme qui confie, seule en scène, comment le petit garçon qu’elle était a expliqué à ses parents qu’elle était bien une fille. Elle raconte aussi son expédition au Maroc pour changer de sexe, ses désirs et ses amours ; le spectacle est pudique, hilarant, magnifique (à Valence en octobre et au Toboggan de Décines en novembre). Le jeu de la féminité et de la séduction est aussi au cœur du travail de Camille Germser, que l’on aura le plaisir de retrouver avec sa nouvelle création, Les Muses, au Théâtre de la Renaissance d’Oullins. C’est l’histoire d’une troupe qui décide de monter une comédie musicale glamrock inachevée de David Bowie, The Muses. Épaulé par Emmanuel Daumas, Germser proposera sans doute comme à son habitude un spectacle mêlant tours de chant, costumes invraisemblables, chorégraphies énergiques. À ne pas manquer pour les amateurs de musicals endiablés.

Folles mystiques et hommes de pouvoir

Une autre femme inspirée, quant à elle par Dieu, méritera notre attention. Il s’agit de Marie Guyart, née à Tours à 1599. Elle est au cœur du spectacle mis en scène par la Québécoise Lorraine Pintal, La Déraison d’amour, sur un texte de Jean-Daniel Lafond et Marie Tifo, d’après les écrits et correspondances de la bien nommée Marie de l’Incarnation. Un projet excitant que l’on pourra découvrir aux Célestins début décembre. Encore une histoire de révélation divine avec le François D’Assise de Delteil, monté par Adel Hakim en 1994. Robert Bouvier est magnifique en François aussi sensuel que mystique. À ne pas rater aux Ateliers en avril. Une fois que l’on a parlé d’enfance, de femmes, de foi, reste la question du pouvoir, que poseront plusieurs pièces cette saison. Le grand événement du premier trimestre est sans conteste la représentation des trois volets du Triptyque du pouvoir de Guy Cassiers à la MC2:Grenoble. Trois pièces qui interrogent les tentations totalitaires en faisant se croiser Iphigénie et George W. Bush. La première, Mephisto for ever, est adaptée d’un roman de Klaus Mann (dont nous vous avions conseillé les mémoires, intitulées Le Tournant) : la deuxième s’inspire des films que le réalisateur russe Sokurov a consacrés à Hitler, Staline et Hirohito ; la dernière, Atropa, est une variation sur le récit de la Guerre de Troie. L’un des dramaturges contemporains les plus brillants, notamment sur les thèmes de la guerre, de la violence et de la folie, est certainement le Suédois Lars Noren, qui est à l’honneur sur les scènes de la région. Pour découvrir son œuvre, il faudra voir Kliniken mis en scène à la MC2 par Jean-Louis Martinelli, Acte aux Célestins, monté par Christophe Perton et enfin Froid, texte sur lequel travaille Simon Delétang. Cette pièce développe les thèmes du racisme, de la violence ordinaire dans un groupe d’adolescents désœuvrés et de condition sociale modeste ; des sujets que Delétang, nouveau co-directeur du Théâtre Les Ateliers, a déjà traités avec intelligence dans sa mise en scène de Shopping and Fucking l’an passé.

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