De récents travaux suisses sèment le troublent dans le monde de la prévention contre le sida. Une charge virale indétectable, comme peuvent en avoir des séropositifs sous trithérapie, rendraient les contaminations moins probables.

Faux espoir? « En dessous d’une certaine concentration de virus, aucune contamination ne se produit». Dans une interview donnée au journal Le Temps le 1er décembre 2007, le professeur Hirschel est formel et cette déclaration fait l’effet d’une bombe. Ainsi, le simple fait de prendre un traitement antiréroviral protégerait au moins autant que l’usage du préservatif ? C’est du moins l’opinion du Bulletin des Médecins suisses qui enfonce le clou en janvier 2008 : «Une personne séropositive ne souffrant d’aucune MST et suivant un traitement antirétroviral avec une virémie entièrement supprimée ne transmet pas le virus par voie sexuelle». Pourtant, la France, comme la plupart des pays du monde, ne suit pas. Le rapport Yeni refuse de reprendre ces conclusions. On est allé un peu vite en besogne. L’étude menée par le professeur Hirschel porte uniquement sur des couples hétérosexuels dont l’un est séronégatif. D’ailleurs, les recommandations des médecins suisses sont très prudentes. Pour que la protection soit efficace, il faut trois conditions : un couple hétéro stable (pas d’aventures extérieures non protégées), un traitement antirétroviral parfaitement suivi et une charge virale indécelable depuis plus de six mois. Dans tous les autres cas, aucun garantie d’efficacité. C’est donc une toute petite avancée. Mais un espoir quand même. Faut-il ou non utiliser le traitement antirétroviral en prévention ? Le débat est lancé.

Le point avec à Christophe Porot, président d’Aides Rhône-Alpes

Le rapport Hirschel est-il une réelle avancée ?
C’est une étude encourageante, mais ces résultats ne sont pas transposables. Elle porte sur des couples hétérosexuels. Or, les modes de contamination sont différents selon les pratiques sexuelles. Par exemple, le risque est beaucoup plus important en cas de pénétration anale que vaginale. Et puis le panel étudié est très faible. Cela doit plutôt nous inciter à lancer d’autres études pour aller plus loin. Notamment auprès des populations homosexuelles.

Y’a-t-il un risque de faux espoir ?
Oui. Ce qui nous fait surtout peur, c’est qu’on puisse croire qu’avec les trithérapies, il n’y a plus besoin de se protéger. Les conditions d’efficacité sont quand même très limitées. Ce n’est pas parce que le traitement fonctionne que la charge virale devient indécelable, notamment dans le sperme. Et puis elle ne tient pas compte des risques de contaminations par d’autres IST. C’est donc un nouvel élément à prendre en compte dans une stratégie de réduction des risques, mais l’étude est encore trop préliminaire. C’est pour cette raison qu’à part la Suisse, aucun autre pays n’a repris ses conclusions à ce jour.

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