Articles intrépides d'Hervé Guibert

On l’oublie souvent, avant d’être un «auteur du sida» (celui des livres autobiographiques bouleversants que sont À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie ou Le Mausolée des amants), Hervé Guibert était journaliste au Monde. Observateur piquant et passionné de l’actualité culturelle et des tendances de l’époque, il appartenait à cette catégorie rare de journalistes qui, dans leur écriture, assument autant qu’ils partagent leur sensibilité. Gallimard vient de compiler ses meilleurs articles parus dans Le Monde de 1977 à 1985. Plus qu’un critique, Guibert y apparaît comme un explorateur : quand il découvre Bayreuth et son festival d’Opéra, le Musée Grévin et ses têtes de cire, quand il exalte chez Adjani les «vertus de l’excès». Les angles choisis sont aussi amusants que pertinents ; mention spéciale à cet égard pour son papier sur Amanda Lear, décrite au travers de la «passion délétère» de Nicky Mangano, «petit journaliste consciencieux», manifestement fictif. L’ouverture et la curiosité de Guibert dans le choix ainsi que dans le traitement de ses sujets sont enthousiasmants : se croisent en effet Chéreau, Dalida, Tarkovski, Francis Bacon, Étienne Daho, Deleuze et Cie. Les clivages entre culture populaire et culture savante ne valent pas : tout ici est matière à expérience, à réflexion sur l’époque, tout est propice à l’éclosion de nouvelles envies. L’index des noms propres judicieusement élaboré par l’éditeur permet d’apprécier à quel point Hervé Guibert, alors qu’il a entre 22 et 30 ans, embrasse passionnément le monde dans lequel il ne vivra malheureusement pas assez longtemps.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.