La tournée en France de Capleton relance la polémique sur ces chanteurs de reggae dancehall qui en appellent au meurtre des homosexuels pendant leurs concerts. 

Une tournée agitée vient de se terminer pour Capleton, un chanteur jamaïcain de dancehall (courant du reggae). Des concerts ont été annulés à Bâle et à Grenoble sous la pression d’associations LGBT qui ont manifesté leur hostilité à chacune de ses étapes. Capleton est l’auteur de vingt-neuf textes de chansons ouvertement homophobes, qui contiennent notamment des appels à «brûler les pédés et les sodomites». En jamaïcain on dit «battyboy, battyman». Et ce n’est pas de la poésie. Ce courant du dancehall qui incite à la violence porte un nom sans équivoque : la Murder Music. Plusieurs hommes auraient été lynchés jusqu’à la mort en raison de leur homosexualité ces dernières années en Jamaïque : Nokia Cowan, assassiné le 3 janvier 2006, Lenford Steve Harway le 30 janvier 2005, Brian Williamson le 9 juin 2004. Certaines agressions et actes de torture sont commis en fredonnant ces chansons. «En Jamaïque, s’en prendre aux homos, c’est populaire » explique David Auerbach Chiffrin, président de l’association Tjenbé Rèd. Des relents de l’époque coloniale, à l’époque où l’empire britannique condamnait l’homosexualité avec la même rigueur qui a jeté Oscar Wilde en prison. Ces lois sont restées en vigueur. «Et l’Église n’arrange pas les choses» reprend David. Elle rajoute sa condamnation aux autres. S’en prendre aux pédés fait vendre. Couramment, dans les contests jamaïcains (concours musicaux), les chanteurs chauffent la salle en lançant des «est-ce que vous voulez brûler les pédés ?».

Pas de ça chez nous

«Mais en France ils se tiennent tranquilles», affirment certains organisateurs de concerts, «d’ailleurs ils ont signé le Reggae Compassionnate Act». Dans ce document, les artistes s’interdisent les appels à la haine et à la violence, ils s’engagent à respecter toute religion, orientation sexuelle, race, ethnie et genre. «Chiffon de papier!»regrette David Auerbach Chiffrin. Sitôt signé le 10 Mai 2007, sitôt oublié. Capleton recommençait ses appels au meurtre le 25 décembre en Jamaïque. La plupart des chanteurs de reggae concernés nient aujourd’hui avoir signé. Le président de Tjenba Rèd croit davantage au dialogue. Le 11 novembre lors du concert de Capleton à Paris, il a tenté une concertation avec le public. Peine perdue. La plupart des participants comprennent très bien les paroles homophobes et les assument. «Quand on leur demande : est-ce que vous accepteriez qu’on s’en prenne de cette façon aux noirs? Ils répondent : ce n’est pas la même chose ». Reste la voix légale. Certaines associations préconisent l’enregistrement systématique des concerts pour pouvoir poursuivre en justice. La loi française prévoit une peine d’un an d’emprisonnement et une amende de 45 000 euros pour des appels à la discrimination en raison de l’orientation sexuelle. En attendant la mobilisation pour faire annuler les concerts se poursuit. À Grenoble, l’association A Jeu Egal y est parvenue.

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