Alors que les filles de l’OL gagneront probablement la coupe d’Europe avant leurs médiatiques confrères, le point sur le foot féminin, vu d’en bas. Et de Grenoble.

Carole, Grenobloise de 26 ans, occupe le couloir gauche de l’Union ouvrière portugaise de Saint-Martin-d’Hères. Affublée de deux frangins, elle joue déjà quand elle est «merdeuse» : «J’appartiens à la génération Olive et Tom». Un petit séjour aux États-Unis – où le soccer est avant tout une histoire de filles –, alors que s’y déroule la coupe du monde féminine 1999, finit de l’achever : elle prend sa licence en rentrant, au GF38, club phare du département. Du moins en ce qui concerne les mâles. Car quand les garçons gravissent les échelons du professionnalisme, les filles trinquent : le prix des licences augmente, comme pour signifier qu’il y a des priorités dans la vie. Plus tard, alors que Carole et quelques équipières ont dû migrer vers Échirolles, le problème est inversé mais la sanction plus ou moins la même : «trop compétitives», elles sont amenées à voyager de plus en plus loin. Trop de frais, bisbilles entre dirigeants, suppression de l’équipe. Les footballeuses sont donc méprisées dans le milieu, comme elles le sont dans la société. Même les plus progressistes, ou supposés comme tels, esquivent rarement le «j’ai rien contre, mais c’est pas joli». Carole concède que le déficit physique nuit parfois au spectacle. Mais le problème se situe avant tout au niveau des mentalités : «S’il y a eu des évolutions depuis dix ans, ça surprend toujours quand tu essaies un paire de crampons chez Go Sport». L’équipement ne permet pas non plus l’appropriation du sport le plus populaire du monde par les femmes. Coupes pour homme, quand ce n’est pas la taille. Carole militerait pour le «près du corps». Elle sait toutefois que certaines joueuses qu’elle a croisées étaient moins emballées. Par la force de choses. Bref, ce que veulent les femmes, c’est la reconnaissance de leur mérite à faire la même chose – mêmes règles, même temps de jeu – sans être des ersatz. D’ailleurs, quitte à distiller un soupçon de sexisme, Carole met le doigt sur une différence qu’elle affiche avec fierté : «Pour un entraîneur, c’est la plaie : une fille ne fait pas un exercice sans en comprendre l’intérêt. Elle ne courra pas bêtement entre deux plots si elle ne sait pas ce qu’elle pourra en tirer». Girls just wanna have fun.

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