« Quant à moi, le nom juif que je porte, je ne le tiens pas pour une élection, mais si aucune identité de groupe ne m’a jamais attiré, j’ai bien souvent emprunté celle des autres en m’identifiant à ceux qu’on accusait d’un délit ou d’un crime et que j’ai défendus ».
Thierry Lévy, Lévy oblige (Grasset, 2008)

Le juif se range du côté de Tsahal, l’arabe du côté du Hamas. Le catholique boit les paroles du Pape, le bon Français pense que tout le monde doit se ranger derrière lui. Chacun a une histoire qu’il est judicieux, sinon impératif, d’explorer, de comprendre, de critiquer. Mais personne n’est prisonnier d’une identité qu’on lui aurait attribué, de l’extérieur. Aujourd’hui, il faut être juif, arabe, prolétaire, homosexuel, femme, noir. Empathique et multiple. Savoir d’où l’on vient certes, mais s’interroger, toujours, sur qui l’on est et sur ce que l’on devient. Le cinéma, la littérature, les arts plastiques et vivants ne cessent de troubler tout ce qui paraît figé, définitif et s’attèlent à suggérer que les identités sont flottantes, contextuelles, qu’elles se débattent entre réel et imaginaire, entre volonté et héritages parfois refoulés. À quand une telle attitude en politique ? Juste un peu de doute, moins de repli et de présomptions. Car on présume beaucoup : que le couple formé par une femme blanche française de quarante-cinq ans et un jeune homme sénégalais de vingt-cinq est suspect ; que cet algérien, musulman peut-être, déclare aimer un Lyonnais pour avoir des papiers, que cette prof peut bien vivre avec qui elle veut – une autre femme en l’occurrence – dès lors qu’elle n’en parle pas à ses collègues. Qu’est-ce qu’un juif, qu’est-ce qu’un arabe, que sont une famille, un couple sinon des positionnements, des insignes qu’il appartient à chacun de brandir, de revendiquer, de rejeter. Cessons de dire aux autres qui ils sont et n’acceptons pas trop facilement les désignations. Allez, en février, je suis une mère juive lesbienne favorable à la libération des territoires palestiniens.

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