Le foot français ne laisse que peu de place aux «vieux». Quasi les seuls, pourtant, à assurer le service minimum.

Joël Abati (39 ans) appelé en renfort en équipe de France en plein championnat du monde de hand ; Tana Umaga (36 ans) qui rechausse ses crampons pour le club de rugby de Toulon ; David Beckham (34 ans) qui émeut l’Italie dès le début de sa pige au Milan AC, au beau milieu de sa pré-retraite américaine : janvier aura définitivement été le mois des meilleurs vieux. Avant de se fâcher avec les lecteurs en pleine crise de la trentaine, soyons clairs : un sportif est officiellement considéré comme vétéran à 35 ans. Mais dès 30 ans, l’expérience seule est mise en avant quand il s’agit de décrire les qualités de l’athlète. C’est ingrat et parfois même très injuste. Et à ce petit jeu-là, la Ligue 1, le plus triste des championnats de foot du «G5» européen, détient la palme : passés 30 ans, un joueur est usé. Les entraîneurs et dirigeants préfèrent «miser sur la durée» et promouvoir des jeunes… Qui partiront très vite en Angleterre ou en Espagne s’il se distinguent quelques mois. On n’ira pas jusqu’à en conclure que l’unique intérêt des clubs est la recherche d’une plus-value financière via la revente de leurs meilleurs espoirs. L’idée serait trop rationnelle. Car la répulsion du vieux footeux dépasse ici toute logique. L’élite hexagonale déplore la fuite des talents en mettant en cause l’inégalité des systèmes fiscaux. Pourtant, elle n’a pas souhaité conserver les Johan Micoud, Vikash Dhorasoo (partis à la retraite) ou autre Éric Carrière (redescendu en Ligue 2), brillants techniciens qui auraient largement pu jouer un rôle, même à temps partiel, au sein de son maussade spectacle. Cela est d’autant plus paradoxal que parmi les joueurs les plus enthousiasmants du championnat, on trouve plusieurs trentenaires : Steeve Savidan (Caen), Sylvain Wiltord (OM), Juninho (OL), Jérôme Leroy ou Mickaël Pagis (Rennes) entre autres. Pas que des stars, certes, mais des joueurs qui possèdent incontestablement du style et du caractère. C’est d’ailleurs probablement ce qui dérange : dans le petit univers de plus en plus lisse (et chiant) du foot français, les anciens font figure d’ultimes «punks». Mais comme ils ne sont pas éternels, pour le spectacle, cela risque bien d’être no future.

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