Rencontre avec le metteur en scène et musicien Camille Germser. Calme, décomplexé et ambitieux.

«Je ne suis pas quelqu’un qui crie», annonce Camille Germser. S’il nous avait dit l’inverse, on ne l’aurait pas cru. Infusion citronnelle, voix feutrée et regard attentif à son interlocuteur, Camille est délicat tout en affichant une présence étonnante : les mots «excitation» et «palpitation» reviennent à plusieurs reprises quand on parle de son ambition théâtrale. Comme s’il s’adressait aux épidermes des spectateurs. Pas surprenant, car avant de se lancer dans le théâtre, Camille Germser grandit au milieu de la musique : conservatoire, pratique du clavecin, du trombone, orientation électro-acoustique. Et très vite, l’envie de mettre en scène ses compositions avec plumes et femmes fatales.

les muses camille germser credit cédric rouillat

S’il n’est pas spécialement cinéphile, il reconnaît s’inscrire dans une tradition de directeurs et d’admirateurs de femmes comme Jacques Demy ou François Ozon. Comme ce dernier, il en fait chanter huit, dans La Sublime Revanche, spectacle créé en 2007, joué à Avignon où il fait salle comble avant de tourner dans toute la France. Huit danseuses dans différents cabarets parisiens se regroupent en 1973 pour monter un syndicat aux revendications pour le moins féministes. Elles sont licenciées et montent leur propre revue, reconstituée dans ce spectacle avec paillettes, dérision et sensibilité.

Sur les traces de David Bowie

Une mise en abyme qui reste le principe d’une autre de ses créations, Les Muses. Cette fois-ci, on assiste à la préparation d’une comédie musicale de David Bowie. Mais pour la première fois, il s’agit véritablement d’une pièce musicale, plus que d’une forme de music-hall : il y a un texte, des personnages. Pour chacun de ses spectacles, Camille Germser éprouve le besoin de coller à un élément réaliste, sinon trivial. La fabrication d’un spectacle dans les années 70 ou l’épopée de David Bowie aujourd’hui. Avant de travailler sur Les Muses, il ne connaissait pas spécialement l’artiste ; ce qui l’a intrigué, c’est cet alter ego qu’il s’est construit – Ziggy Stardust – et qu’il a fini par suicider. Du coup, c’est aussi l’occasion de travailler sur une esthétique glam-rock à laquelle il ne s’était pas encore frotté.

Quatre musiciens jouent en live, un acteur interprète Bowie, et bien sûr les huit femmes pour muses, du spectacle, mais aussi bien sûr du metteur en scène. «Je me complète en étant entouré d’elles et en me projetant en elles. Elles sont ce que je ne suis pas. J’ai tellement la sensation d’être abouti quand je travaille avec les filles que je n’ai presque plus de libido». C’est un rêve de gosse que réalise Camille avec sa compagnie La Boulangerie : «on forme une véritable troupe ; depuis 2003 et la création de la compagnie, on ne se quitte plus».

« Théâtre de pédé »

Quand on lui fait remarquer que les strass, David Bowie, son amour de Broadway et de Liza Minnelli, ça sonne un peu «culture gay», il admet bien volontiers faire du «théâtre de pédé»… Mais avec des filles. Peu importent les étiquettes qu’on leur colle, les spectacles de la Boulangerie sont chatoyants, sensibles et portés par une équipe dont l’énergie n’a d’égale que la sensualité.

 

Les Muses, du 25 février au 7 mars au Théâtre de la Renaissance, 7 rue Orsel-Oullins / 04.72.39.74.91 / www.theatrelarenaissance.com

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