« Espèce de canailles, de cocos et de pédés ! »
Sean Penn, remportant l’oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Harvey Milk

C’est ainsi que Sean Penn a rendu hommage à ceux qui avaient voté pour lui ! Sur le ton de la blague, l’acteur devient le miroir d’une société américaine qui a longtemps observé avec angoisse et mépris les communistes comme les homosexuels. Une provocation qui n’a pas heurté l’assemblée bien-pensante d’Hollywood mais qu’a peut-être mal reçue STAR, un bouquet satellite de chaines asiatiques. Les responsables de ce bouquet ont en effet censuré les mots «gay» et «lesbienne» des rediffusions des Oscars dans 53 pays, en coupant le son aux moments où ils étaient prononcés. Discret ! Mais le plus révoltant n’est pas tant la méthode que l’argument invoqué pour justifier ce choix : «la chaîne a la responsabilité de prendre en compte les sensibilités de tous les marchés». Depuis quand les marchés ont-ils une sensibilité ? Ne faut-il pas également prendre en compte la sensibilité de l’équipe du film primé ? Si l’on souhaite ménager les susceptibilités, respecter les croyances, on ferme ses frontières et ne consomme que local, diminuant ainsi les risques de voir surgir la vache folle. Pendant ce temps-là, nous sommes bien heureux, ici, de voir enfin un film grand public mettre en scène un des jalons de l’histoire de la libération homosexuelle américaine. Heureux aussi de constater que les magazines gay poursuivent leur tentative d’adhérer aux évolutions des questionnements qui travaillent les identités gays et lesbiennes contemporaines. Un peu tristes cependant, de ne plus avoir, pour soutenir ces projets de presse, de figures tutélaires comme Foucault, Sartre ou Copi qui s’étaient engagés dans les premiers numéros de Gai Pied. Les quelques personnalités solides qui chroniquent dans le nouveau Têtu par exemple, Bruce Benderson et Frédéric Mitterrand, pour aussi brillants qu’ils soient, sont de grands nostalgiques. Qui prospecte aujourd’hui, propose ? Qui Imagine de nouveaux modèles sociaux comme il est de la responsabilité des homosexuels – entre autres – de le faire. C’est parce que plus personne ne prend en charge cette mission dans un media légitime que Sean Penn peut haranguer les canailles, cocos et pédés sans que personne ne cille… car on sait bien qu’aucun d’entre eux ne menace plus l’ordre des choses.

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