Rencontre avec Vale Poher, artiste discrète mais reconnue de la scène rock lyonnaise.

 

Vale Poher sort du cinéma, excitée. Elle vient de voir Au voleur, le premier long-métrage de Sarah Leonor, un road-movie à la française avec une prof (Florence Loiret- Caille) qui s’acoquine avec un petit cambrioleur (Guillaume Depardieu). À 35 ans, Vale Poher est sur les routes depuis dix ans. Elle n’a attendu personne pour s’encanailler. Une artiste un peu en marge, solitaire mais soutenue. Ses premiers concerts ont eu lieu avec la formation Elka Asa. Le groupe s’est fait remarquer lors d’un tremplin à Décines. «On n’avait jamais joué, ou peut-être une fois, et on a vu qu’il y avait un tremplin. On a participé et j’ai pété trois cordes sur le premier morceau, trois cordes dont le mi grave, la plus grosse, c’est quasiment impossible !». Des cordes, elle va en casser régulièrement, comme une marque de fabrique. La fin d’Elka Asa l’a fait douter. Des remises en question qui la suivent encore aujourd’hui. «Est-ce que je vais pouvoir rejouer ? Qui t’es pour pouvoir faire de la musique ? C’est prétentieux, j’ai l’impression d’être égoïste». Sa rencontre avec Bob X, producteur et réalisateur, a permis le lancement de Mute, son premier album, en 2005. Un album enregistré rapidement avec des morceaux qu’elle avait composés sans visée particulière. Mute, un rock confidentiel et tempétueux contenu dans un simple “guitare voix“, a été un droit d’entrée dans les festivals et sur les scènes nationales. Mais surtout, ce premier album d’une Lyonnaise quasi-inconnue impose un ton. «Je ne fais pas des collaborations pour manger. Si le projet me plait, je fonce. Je ne me force à rien». Depuis, Vale Poher est une artiste sollicitée, aussi bien pour sa voix que pour son jeu de guitare. Elle multiplie les featurings, avec des musiciens (le Dj/compositeur Doctor Flake, Mansfield Tya) mais aussi pour le théâtre ou pour le cinéma. Elle a récemment réalisé la bande-son du film d’animation de Vergine Keaton Je criais contre la vie. Ou pour elle. Ces collaborations ont une grande importance, surtout en période de doutes. «Souvent, j’ai envie de tout stopper. Mais il y’a toujours une satisfaction, que ce soit un concert, une rencontre ou une collaboration et c’est reparti !».

Autoproduction

Son nouvel album s’intitule Tauten. Il est prêt depuis 2008. Suite à sa rupture avec son label, Vale s’est retrouvée seule, sans structure pour l’accompagner dans des démarches parfois fastidieuses. Elle l’accepte avec le sourire. C’est presque un amusement pour elle. Retour au Do It Yourself. Elle grave son disque sur CD-R, confectionne la pochette, personnalise chaque Tauten avec une petite note manuscrite différente. Quand est-ce que le disque sort ? Est-il sorti ? Vale interroge les procès de production, l’industrie musicale dans une réflexion qu’elle publie sur son site Myspace. Au départ, cette note n’était destinée qu’aux media, afin d’éclairer sur sa situation. Finalement, Vale décide aussi d’informer son public. «Il y a des gens qui décident quand un album sort ou pas, qui décident ce que le public doit aimer ou détester. Je voulais juste une lettre qui explique un peu cette situation. Et faire connaître cette musique qui se fait sans structure, sans diffusion et sans le rouleau compresseur des stratégies de communication et de marketing. Une musique qui se fait pour la musique en elle-même». Les deux cents chanceux qui ont pu écouter la première édition de Tauten savent que c’est un album très réfléchi et abouti. «À l’époque de Mute, Bob X a écouté mes morceaux. Il m’a dit : je te les réalise, je te les produis. On est parti une semaine à la campagne pour enregistrer. Mute est sorti, j’ai fait des envois, je n’ai rien vu venir. C’est le premier album que j’ai vraiment pensé». Tauten, en live, c’est Vale Poher Group qui s’en charge, Vale à la guitare-voix, Carine à la basse et Emily à la batterie. Un trio exclusivement féminin. Bien qu’elle flirte avec l’association S’étant Chaussée ou casse des cordes sur les scènes des Femmes s’en Mêlent, elle ne se sent pas représentante d’une scène féministe et militante. Son engagement se traduit sur disque et sur scène. Le titre Polder a été écrit le lendemain des élections de 2007, Undergo évoque Hiroshima et la mémoire dans l’histoire. Tauten, sous tension, traite aussi des excès, des désillusions, de Berlin… Vale Poher aime la liberté d’action de Dylan, Patty Smith, la langue de Duras, le parcours de Beth Ditto. Stimulée par des artistes aux convictions fortes, elle milite avec ses propres armes : ses textes et la scène en guise de banderoles et mégaphone. Une nouvelle édition “maison“ de Tauten est désormais disponible sur ses sites Internet et Myspace. Elle travaille actuellement à l’enregistrement de nouveaux titres et sera le 12 décembre en concert à Lyon au Sonic.

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