De Benjamin Biolay (Naïve)

Deux ans après le très cru Trash-Yéyé, le sixième album studio de Biolay présente 23 titres somptueux et tourmentés où le maestro nous démontre une fois de plus l’étendue vertigineuse de son talent. Les textes évoquent pour la première fois la mort de manière directe, les addictions, la fin mais aussi les ruptures et la sexualité, obsessions récurrentes de ses précédentes productions. Benjamin Biolay arrête presque définitivement de chanter et propose sa diction rythmée, son “slam“, technique utilisée depuis l’album À l’origine. Lorsqu’il tente un semblant de mélodie et que ses cordes vocales vont choper quelques aigus (Padam), on préfère alors très vite ses murmures. La Superbe réactive des genres et des techniques musicales dépréciés, témoignage d’un grand respect de l’artiste pour la musique et la culture populaires. Biolay ose des solos de saxos datés (Miss Catastrophe), une lettre de rupture lue sur un instrumental par l’actrice Valérie Donzelli, à la méthode de Message Personnel. Les arrangements, qu’ils soient de cordes, de guitares ou de piano, insufflent de la force à l’album, le seul véritable point d’appui quand tout n’est que noirceur (esthétisée) et conflits. Aucun espoir à venir. Sa liberté d’arrangement sans complexe et sans a priori le marginalise un peu plus encore, lui l’artiste mal-aimé du public. Car si certains morceaux sont très pop et accessibles (Lyon Presqu’Île, L’Espoir fait vivre), ce ne sont que de rares instants de séduction immédiate. Pour le reste, il faut s’accrocher, écouter et réécouter, inlassablement, jusqu’à ce que le spleen nous gagne. Les albums de Biolay ne conquièrent pas à la première écoute et La Superbe n’échappe pas à la règle…

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