C’est incontestablement l’évènement de la saison dans l’ancienne ville minière : l’inauguration, le 1er octobre dernier, de la Cité du Design de Saint-Étienne.

Situé dans un vaste ensemble de 33 000 m² répartis en cinq bâtiments (dont trois complètement rénovés et deux nouveaux), ce projet ambitieux, implanté dans l’ancienne manufacture d’armes (une industrie qui faisait autrefois la prospérité de Saint-Étienne), couvait depuis plusieurs années. La Ville, visiblement très fière de ces nouveaux édifices, a amplement communiqué sur le sujet. Architecturalement, le pari est audacieux mais plutôt réussi : le bâtiment principal, baptisé la Platine, est un très long rectangle de verre de 3 800 m² conçu par deux architectes berlinois, Finn Geipel et Giula Andi. Le projet est d’ailleurs tellement original qu’il a rencontré dès l’origine une très vive opposition de la part de certains Stéphanois (dont l’actuel maire socialiste, Maurice Vincent, qui l’avait combattu du temps où il était dans l’opposition). Ceux-ci redoutaient une destruction du patrimoine historique de Saint-Étienne, et il faut bien dire que si le bâtiment est loin d’être laid, il détonne un peu, par son aspect résolument moderniste, avec son environnement immédiat. Aujourd’hui que la construction est arrivée à son terme, la Platine abrite un auditorium, une serre, une bibliothèque, un restaurant, et surtout deux vastes salles d’exposition.

The Dark Side of Ronald MacDonald

Les salles n’accueilleront pas de collection permanente mais uniquement des expositions temporaires. Les deux expositions inaugurales valent le détour. La première, intitulée L’Objet du Design, offre au néophyte une sorte d’aperçu didactique, à partir d’exemples très concrets, des multiples champs d’application de cet art né de la révolution industrielle. On recommande tout particulièrement le court-métrage d’animation Logorama, acclamé à la Semaine de la Critique du dernier festival de Cannes. L’originalité du scénario tient en une phrase : dans ce petit film d’une dizaine de minutes dont l’action est située à Los Angeles et sur les hauteurs d’Hollywood, tous les personnages et tous les décors sont représentés par des logos de marques célèbres. C’est ainsi qu’on peut découvrir la face sombre du clown Ronald MacDonald ou assister à la mort violente et tragique d’un bonhomme Michelin… Le film s’achève dans une apocalypse millénariste assez jouissive qui voit la civilisation californienne engloutie telle une Atlantide moderne sous un océan de pétrole. Il est donc facile et tentant d’y voir une parabole moqueuse et bien ficelée de la société de consommation, des marques et de la publicité… jusqu’à ce que l’on s’aperçoive que H5, le bureau de graphisme qui a créé le film, a également réalisé de très nombreuses campagnes publicitaires pour des compagnies françaises ou étrangères (Areva, Audi, Citroën, Volkswagen…).

Qui a peur du grand méchant design ?

La seconde exposition porte le nom ironique de Who’s afraid of design ?, et a pour commissaire le directeur de l’École Supérieure d’Art et de Design de Saint-Étienne (logée comme il se doit dans les nouveaux locaux de la Cité). Tous les artistes ou designers ici présentés (21 artistes, 9 designers) y ont suivi des études à un moment ou à un autre de leur formation. La plupart ont moins de quarante ans, certains même moins de trente. Il s’agit pour eux d’explorer les rapports complexes et tumultueux entre l’art et le design. Où l’on constate que les deux s’observent depuis longtemps dan un mélange de fascination et de méfiance, se toisent et se reniflent avant de s’accoupler (parfois) pour donner à l’occasion de très beaux résultats. La dimension purement esthétique n’a pas été oubliée, ce qui rend bien entendu l’exposition plus facile d’accès. Un succès, donc, pour ces deux expositions inaugurales, qui est plutôt de bon augure pour l’avenir de la Cité du Design.

Cité du design, 3 rue Javelin Pagnon-Saint-Étienne
de 10h à 18h tlj sf lun, nocturne ven jusqu’à 21h
04 77 49 74 70 / de 2€ à 4€
www.citedudesign.com

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