Magali ReusDes hommes objets : c’est manifestement comme cela que Magali Reus observe les acteurs de son film Background, qui donne son nom à l’exposition qu’elle présente à la Salle de bains. Ils sont beaux, sculpturaux, elle les a choisi pour ça. Ils sont six, aux allures de soldats, à attendre et répéter quelques gestes d’entretien, dans un décor qui pourrait être un camp d’entraînement au Moyen-Orient, une île sans issue, une terre colonisée à surveiller. On a le sentiment qu’ils sont là depuis toujours et qu’ils risquent de le rester, prisonniers comme des personnages de Becket ou comme le Sisyphe de Camus. Il faut d’ailleurs voir le film tourner en boucle pour percevoir ce recommencement. Ces militaires, des légionnaires peut-être, sont filmés à leur insu, observés comme les personnages d’une émission de télé-réalité. Le plus étrange est d’imaginer les relations qu’ils entretiennent ou alors qu’ils n’en entretiennent aucune ; en effet, ils ne passent jamais à l’acte, ni ne se battent ni ne s’étreignent, refusant de jouer le rôle que l’on voudrait les voir endosser : brutes épaisses ou bêtes de sexe. Et tout cela n’est finalement que grâce et chorégraphie, ils courent, engagent sans le poursuivre un combat, dressent un mas à la cime duquel l’un d’eux grimpe. Des hommes objets de désir, objets peut-être d’une guerre à laquelle on va les envoyer, d’une expérience anthropologique et dans tous les cas objets de Magali Reus qui les a choisis pour leurs corps virils et élancés. Mais elle les détourne de la fonction qu’on aimerait leur attribuer ; comme ces sculptures abstraites, extrêmement épurées, qui font le lien entre le décor du film et le lieu de l’exposition. Des objets «en attente d’instructions», à l’instar des personnages du film, comme l’explique l’artiste. Alors que ces oeuvres pouvaient apparaître comme de simples objets vaguement design et décoratifs au moment d’entrer dans la galerie, ils deviennent après le film des extraits, au sens où ils sont la preuve et la promesse d’un ailleurs plus grand et porteur de sens. Un sens qui nous échappera toujours.

Jusqu’au 16 janvier, à la Salle de bains, 27 rue Burdeau-Lyon 1 / 04.78.38.32.33

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