Quatre ans après le très beau mélo Odete, João Pedro Rodrigues présentait en 2010 Mourir comme un homme, un film hybride et envoûtant.

Racontez-nous l’origine du projet de Mourir comme un homme. Pourquoi ce début en forme de film de guerre ?

Avant de faire un film, je pense toujours d’abord à la question du genre. En l’occurrence, je voulais faire un film de guerre, filmer un monde en guerre et des personnages en guerre contre eux-mêmes comme l’est Tonia (travesti, personnage principal de Mourir comme un homme, NdlR). Le film commence avec deux soldats qui se perdent dans les bois et commencent à baiser. Puis, c’est un mélodrame autour d’un travesti… Pour cette partie, j’ai interviewé beaucoup de travestis, de transsexuels et de médecins. De toutes façons, je reviens toujours à cette idée d’un genre flottant présente dans tous mes films.

Les deux fins de Odete et de Mourir comme un homme se ressemblent beaucoup avec un travelling arrière et un fantôme… Il y a aussi le nom de votre premier film O fantasma, fantasma signifiant fantôme en portugais. Pourquoi tous ces fantômes ?

Oui c’est vrai que ça fait beaucoup de fantômes (rires). Mais ce sont des fantômes très incarnés. Le corps est toujours très important pour moi. Enfin pour les fantômes, je n’ai pas d’explication…

joao pedro rodrigues mourir comme un homme heteroclite decembre 2014

L’influence de Dreyer peut-être ?

Oui, j’aime beaucoup Dreyer. Mais, d’une façon générale, j’essaie de faire en sorte que mes références ne soient pas trop apparentes. Évidemment, j’ai appris à faire des films en allant au cinéma, et j’ai une relation obsessionnelle avec certains cinéastes, dont Dreyer.

Quels autres cinéastes vous obsèdent ?

Dreyer donc, mais aussi Bresson et les films muets d’Erich von Stroheim – j’aime beaucoup le muet en général. Pour ce qui est du cinéma récent, quand j’ai vu les premiers films de Tsai Ming-liang, surtout Vive l’amour et La Rivière, je me suis senti très proche de lui. J’aime moins ce qu’il fait actuellement.

En voyant Tropical Malady d’Apichatpong Weerasethakul, on pense à O fantasma. Un homme qui devient un lion chez Weerasethakul, votre héros qui se prend pour un chien…

J’aime beaucoup Tropical Malady. Mais je ne sais pas si Apichatpong a été influencé par mon travail, on m’a dit qu’il voyait assez peu de films.

Comment avez-vous trouvé l’acteur qui joue le rôle de Tonia, le personnage principal travesti de Mourir comme un homme ?

C’est un des artistes travestis les plus connus de Lisbonne. Je l’ai interviewé pour préparer le film, et j’ai très vite pensé à lui pour le personnage principal. Je me suis inspiré de son histoire, mais pas seulement. Par exemple, c’est quelqu’un de très superstitieux, comme le personnage de Tonia. C’est la première fois que je travaille avec quelqu’un d’aussi âgé. J’avais très peur qu’il ne soit pas facile à diriger parce que c’est quelqu’un qui a toute une vie derrière lui. Finalement, il m’a beaucoup surpris.

Il est intéressant que le personnage de Tonia soit catholique. Dans vos films, la dimension bestiale des personnages ouvre souvent sur un horizon mystique. 

Oui, c’est vrai. La peinture que j’aime le plus est la peinture italienne du XVIe siècle, Titien en particulier. Pour mes dix-huit ans, mon père m’a offert un voyage, je suis allé quinze jours à Venise tout seul. Pour le plan final, je voulais réaliser une scène d’ascension, directement inspirée de ce genre de peinture.

Le fait d’évoquer les thèmes du travestissement, du transsexualisme fait forcément penser à Almodovar, même si votre travail n’a pas grand-chose à voir. Vous vous imaginez adoubé par le grand public comme lui ? 

Tout le monde aime avoir du succès, moi le premier, mais ce n’est pas mon but principal. Je fais les choses que je sais faire, je raconte les histoires que je sais raconter. Et puis j’essaie d’apprendre à chaque film que je réalise…

 

Mourir comme un homme, jeudi 8 mars 2018 à 21h à l’Institut Lumière, 25 rue du Premier film-Lyon 8 / 04.78.78.18.95

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