101226_8VirginiaWoolfim2Alors que la dernière pièce d’Edward Albee, Me, Myself and I, est actuellement jouée à New York, le Théâtre des Célestins s’apprête à accueillir, du 19 au 29 janvier, une nouvelle traduction de la plus célèbre pièce de l’auteur américain, Qui a peur de Virginia Woolf ? , créée en 1962. En fait de nouvelle traduction, il s’agit plutôt d’une première puisque le texte français de la pièce était jusqu’à présent une adaptation datant de 1964. Si la pièce d’Albee n’avait pas été traduite, c’est sans doute que le succès hollywoodien du film qu’en tira Mike Nichols dès 1966 (donnant l’occasion à Richard Burton et Elizabeth Taylor de s’étriper joyeusement à l’écran dans les rôles de George et Martha) fit de l’ombre au texte original. Cet oubli réparé, le metteur en scène Dominique Pitoiset a saisi l’occasion de s’emparer de ce monument de cynisme et de cruauté. L’intrigue est des plus simples : George et Martha, lui professeur d’histoire et elle fille du recteur de l’Université, reçoivent, au terme d’une soirée arrosée, Nick, professeur de biologie, et sa femme Honey, qui représentent la nouvelle garde prometteuse face au couple de quinquagénaires. Dans un texte d’une cruauté féroce et d’une drôlerie acide, Albee donne à voir les bassesses et les renoncements auxquels chacun consent dans toute structure sociale, égratignant aussi bien le mariage que l’Université. Lors de sa création, la pièce avait d’ailleurs fait scandale parmi les conservateurs qui avaient accusé Albee, homosexuel notoire, de chercher à mettre à bas le mariage hétérosexuel. En effet, ce n’est pas un hasard si Pitoiset parle de la scène comme d’un ring : Martha et George se livrent à un véritable affrontement lorsqu’ils se rendent compte que les espoirs de réussite appartiennent désormais à une nouvelle génération. C’est également une charge sans appel contre le patriarcat : Martha, contrainte de vivre dans l’ombre de son intellectuel de mari et d’attendre de lui toute élévation sociale, lui fait payer cher le prix de ses attentes déçues. Presque cinquante ans plus tard, la démonstration n’a rien perdu de son acuité.

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