Le mot d’ordre national des dix-sept Marches des Fiertés qui se tiennent en France jusqu’au 9 juillet divise, mais son thème, pour l’Égalité, fait de nouveaux adeptes.

À peine enterrée l’affiche de la Marche des Fiertés parisienne (et les très vives discussions qu’elle avait suscitées), voilà que l’on débat cette fois de la pertinence du mot d’ordre retenu par la Coordination InterPride France (CIF), qui fédère plus d’une quinzaine d’associations organisatrices des différentes Marches à Paris et en province. Après un premier brainstorming, à Lyon, en octobre, durant laquelle le principe d’une plateforme de revendications commune avait été validé, la CIF s’est à nouveau réunie en janvier et a choisi un mot d’ordre clairement destiné à peser dans le jeu politique national : «Pour l’Égalité : en 2011, je marche, en 2012, je vote». Mais la formule choisie, qui vise notamment l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels, ne fait pas l’unanimité. Tempête dans un verre d’eau ?

pour l'égalité

Il est vrai qu’il est bien difficile de contenter ou de représenter tout le monde et que, par conséquent, les polémiques autour du mot d’ordre constituent un marronnier : à Lyon, l’an dernier, certains commerçants gays déploraient déjà que le mot d’ordre choisi («Droit au séjour, droit d’asile : ne transigeons ! Protégeons les lesbiennes, gays, bi et trans !») mette l’accent sur une minorité au sein de la minorité. Et, deux ans après, tout le monde se souvient encore des batailles homériques qu’avait déclenchées le mot d’ordre de 2009 («Respectons la transidentité, refusons la transphobie»). Mais cette Marche des Fiertés 2011 est un peu particulière puisqu’elle sera la dernière avant les élections présidentielles et législatives de 2012, durant lesquelles le mouvement associatif gay et lesbien entend bien faire avancer ses revendications.

2012 en ligne de mire

Parmi les opposants au mot d’ordre «Pour l’Égalité : en 2011, je marche, en 2012, je vote», il y a ceux qui déplorent que l’accent ne soit pas mis sur la lutte contre la pandémie de sida, en recrudescence chez les gays depuis plusieurs années. Autre point d’achoppement : ne court-on pas ainsi le risque de faire de 2011 une «année blanche» ? Doit-on tout attendre des élections et privilégier ainsi la démocratie représentative au militantisme de la base ?

Plus gênant pour l’indépendance politique des associations : beaucoup ont le sentiment, comme Alice, que «ce mot d’ordre, c’est un véritable appel au vote socialiste !». Gérard, un ancien militant qui n’en est pas à sa première Marche des Fiertés, n’est pas de cet avis et assume pleinement le fait que les associations rappellent ainsi aux formations politiques l’existence d’un «vote homo» : «moi, ce mot d’ordre, je l’aime bien. Je le trouve concis, percutant, efficace. Il crée un rapport de force et c’est aussi ça, la politique».

Les lignes bougeraient-elles enfin ?

Argument d’autant plus percutant que les lignes bougent, lentement mais sûrement. Depuis quelques années, la ligne de fracture entre partisans et opposants à l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe épousait parfaitement le clivage droite vs. gauche, du moins si l’on s’en référait aux positions officielles de chaque parti. Ce n’est plus tout à fait le cas : depuis que le Parti radical a officiellement quitté, le 14 mai, l’Union pour un Mouvement Populaire, jugée à la remorque des idées du Front National, cette formation de centre-droit, la plus ancienne du paysage politique français, tente de se distinguer du parti présidentiel sur les questions sociétales et plusieurs de ses membres se sont récemment déclarés favorables à une complète égalité des droits. Peut-être un signe que le thème des Marches de 2011 sera bien au cœur de la campagne de 2012.

 

Illustration © Vergine Keaton

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