110704_josephL’irrésistible ascension de Nicolas Sarkozy vue du petit milieu des «homos-bobos» : Ticket d’entrée de Joseph Macé-Scaron est une fresque hilarante sur l’époque.

Peut-on voir dans votre livre une charge contre le milieu gay parisien, dont vous semblez relever la médiocrité ?
À la fin du roman, le narrateur se rend compte qu’à Paris même, il y a d’autres gays, d’autres pratiques, d’autres manières d’être ensemble. Mais vous avez raison, ce livre est aussi une charge contre un tout petit monde parisien qui pense vivre à l’heure de Barcelone, Berlin ou Miami quand il ne fait que singer des modes et des comportements. Cette microsociété n’est pas différente de celle qui nous gouverne depuis quelques années…

Justement, vous racontez une soirée aux Bains Douches en 2007, où les élites homosexuelles parisiennes font allégeance à Nicolas Sarkozy.Comment expliquez-vous la séduction qu’il a pu exercer sur de nombreux gays ? 
Le clinquant, le mauvais goût, le consumérisme à outrance, la fascination des marques… Il y a du Lady Gaga dans Sarkozy. Il prend, d’ailleurs, le même chemin : qu’il fasse attention à son Judas ! Il y a des gays qui se sont aussi laissé convaincre par son «bougisme», son apparent souci du changement permanent et qui sont prêts à voter à nouveau pour lui en 2012. Ils n’ont pas encore vu que ce «mouvement» nous avait reconduit tout droit à la société du XIXe siècle.

Vous avez dit dans une interview que les homos ne seront jamais que «des invités au grand banquet social». Qu’entendez-vous par-là ? 
Même si nous avons notre ticket d’entrée, ce dernier ne nous garantit nullement une place durable. En ces temps de rétractation identitaire, c’est folie que de nous croire «préservés». Avez-vous entendu récemment ce qu’ont dit des députés UMP au moment du débat sur l’élargissement du mariage aux gays et aux lesbiennes ? Nous étions des «animaux», des «sous-hommes». Il n’y a plus aujourd’hui une Boutin mais dix Vanneste et sans doute davantage. Ces parlementaires disent tout haut ce que leurs dirigeants pensent tout bas.

Il est aussi beaucoup question de la presse dans le livre. Qu’est-ce qu’être un bon journaliste selon vous ?
Le journaliste doit non seulement informer mais permettre à son lecteur de faire un pas de côté par rapport à l’événement et de se dire : «tiens, je ne voyais pas cela comme ça».

En écrivant Ticket d’entrée, aviez-vous à l’esprit les grandes fresques déjà écrites sur le journalisme, comme Illusions perdues de Balzac ou Bel-Ami de Maupassant ?
Très franchement, non. De nombreux critiques ont, en effet, cité ces deux œuvres en évoquant mon roman et je les en remercie. Je viens de lire Bel-Ami, qui était le seul Maupassant que je n’avais pas encore lu. Quel plaisir ! Tout y est déjà sur la presse, le pouvoir… Les écrivains que j’avais à l’esprit – outre Proust – étaient plutôt Jay McInerney, Stephen McCauley, Jonathan Coe…

Avez-vous l’impression que votre métier de journaliste a pu nourrir votre travail d’écrivain ?
Bien sûr, puisqu’il me place en permanence en contact avec les personnes et les situations les plus diverses. J’appartiens à la famille des écrivains qui s’intéressent plus à son époque qu’aux temps révolus, plus à ses contemporains qu’à son nombril.

Maintenant que vous avez publié un livre à succès, pourriez-vous envisager d’arrêter vos activités d’éditorialiste et de journaliste pour vous consacrer entièrement à l’écriture de livres ?
Même si j’étais en situation de le faire, je m’en garderais bien. Être écrivain, c’est renouveler en permanence son imaginaire. Ce n’est pas un «job», c’est une nécessité, une ardente obligation. Je ne comprends pas tous ces romanciers qui n’ont rien à nous dire mais qui veulent absolument nous le faire savoir.

 

Joseph Macé-Scaron

29 mars 1958: naissance.
1985-1995:chef adjoint du service politique du Figaro.
2001:publie La Tentation communautaire (Plon).
2003: directeur de la rédaction du Figaro Magazine, poste qu’il quittera en 2005. Il affirmera en 2007 avoir été débarqué de ses fonctions suite à des pressions exercées par Nicolas Sarkozy.
2005: rejoint l’hebdomadaire Marianne, dont il est aujourd’hui directeur adjoint.
2007:prend la tête du Magazine littéraire.
2011: publie Ticket d’entrée (Grasset).

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