Avec Roger Peyrefitte, le sulfureux, Antoine Deléry sort de l’oubli cet écrivain, auteur d’une quarantaine d’ouvrages, qui connut autrefois le succès.

Lit-on encore Roger Peyrefitte ? L’écrivain, né en 1907 et mort en 2000, mérite pourtant toute sa place dans l’histoire gay française, même s’il évoque peu de choses aux lecteurs d’Hétéroclite. Avec Roger Peyrefitte, le sulfureux, Antoine Deléry sort de l’oubli cet écrivain qui connut autrefois le succès et dont l’œuvre ne saurait se réduire à son premier roman, Les Amitiés particulières, une histoire d’amour entre deux garçons dans un pensionnat catholique au début du vingtième siècle.

Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, Roger Peyrefitte fut une figure polémique des milieux littéraires français et un intime d’Henry de Montherlant, avec lequel il partageait un goût pour les garçons beaucoup plus jeunes, qu’il «chassait» dans les cinémas et sur les grands boulevards parisiens. Roger Peyrefitte, le sulfureux rappelle d’ailleurs que c’est suite à son arrestation pour détournement de mineur en 1940 et sa démission contrainte de la diplomatie (où il sera réintégré par le régime de Vichy, avant d’en être de nouveau exclu à la Libération) qu’il décidera de se consacrer entièrement à l’écriture.

Une des rares voix homosexuelles de l’époque

Après la guerre, dans des années où le Parlement classait l’homosexualité au rang de «fléau social», Roger Peyrefitte était l’une des rares voix homosexuelles s’exprimant sans faux-semblant. Pour preuve, cette lettre ouverte adressée à François Mauriac, dans laquelle il évoque l’ancienne passion du Prix Nobel de Littérature 1952 pour Jean Cocteau, passion qu’il renia par la suite en dénigrant l’auteur du Testament d’Orphée.

Peyrefitte y écrit : «vous êtes méchant, d’une méchanceté infatigable, qui s’exerce sur tous les terrains avec une espèce d’inconscience. Et il y a cinquante ans, mon cher maître, que vous parlez au nom de la religion et de la morale ! C’est l’heure de vous remettre à l’esprit le chevalier de Florian : «la pire espèce des méchants est celle des vieux hypocrites»». Une lettre qui somme comme un blâme de la part de celui qui n’a jamais craint d’afficher son homosexualité à celui qui l’a toujours honteusement refoulée.

 

Roger Peyrefitte, le sulfureux d’Antoine Déléry (éditions H&O)

 

Photo : adaptation cinématographique des Amitiés particulières de Roger Peyrefitte par Jean Delannoy en 1964

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