La lutte pour la dépénalisation mondiale de l’homosexualité a pris de l’ampleur ces dernières années. Mais pour quels résultats ?

En choisissant pour thème de sa septième édition «Homos d’ici et d’ailleurs», le festival du film gay et lesbien de Saint-Étienne, Face à Face, qui se tiendra du 24 au 27 novembre, a voulu proposer aux spectateurs «un tour du monde de la situation des gays après le printemps arabe». Situation, on s’en doute, forcément très contrastée, tant les législations concernant l’homosexualité varient à travers le monde. Sur les 193 États reconnus par les Nations-Unies, 10 ont légalisé le mariage entre personnes du même sexe, 23 (dont la France) proposent des formes d’unions légales (à l’image du PACS), mais plus de 80 pénalisent les relations homosexuelles (d’une amende à des peines de prison à vie) et 7 les punissent même de la peine de mort. Face à de telles disparités, des mouvements demandant la dépénalisation mondiale de l’homosexualité ont vu le jour au mitan des années 2000. Le plus important d’entre eux est sans doute la campagne lancée par le comité IDAHO, présidé par l’universitaire français Louis-Georges Tin. À la date symbolique du 17 novembre 2006, soit six mois après la première Journée mondiale de lutte contre l’homophobie (en anglais International Day Against Homophobia ou IDAHO), celui-ci initie une pétition signée par des intellectuels de renom (Judith Butler, Noam Chomsky…), des récipiendaires de Prix Nobel (Desmond Tutu, Dario Fo, Elfriede Jelinek…) et des artistes (David Bowie, Elton John, Victoria Abril…). Deux ans plus tard, en décembre 2008, cette pétition trouve une première traduction concrète lorsque Rama Yade, alors secrétaire d’État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme, porte, au nom de la présidence française de l’Union européenne, une «Déclaration relative aux droits de l’Homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre» devant l’Assemblée générale des Nations-Unies. Malgré l’opposition farouche du Vatican et des États de l’Organisation de la Coopération Islamique, ce texte sera finalement soutenu par 67 pays des cinq continents. Il n’a cependant aucune valeur contraignante.

Quelle stratégie adopter ?

Lassés de voir les grandes déclarations de principe rester lettre morte, certains États ont opté pour des actions plus radicales. Début octobre, un porte-parole du secrétaire d’Etat au Développement international britannique a ainsi menacé de diminuer l’aide financière du Royaume-Uni aux États réprimant l’homosexualité. Cette déclaration s’inscrit dans une stratégie plus globale du Premier ministre conservateur David Cameron, qui cherche à moderniser l’image de son parti en multipliant les annonces gay-friendly : quelques jours plus tôt, il avait ainsi exhorté les députés tories à légaliser le mariage entre personnes du même sexe. La menace brandie par le gouvernement de Sa Gracieuse Majesté à l’encontre des pays homophobes a néanmoins suscité quelques réserves et soulevé beaucoup de questions : la diminution des aides internationales au développement ne va-t-elle pas affecter les populations les plus pauvres davantage que leurs gouvernants ? Ne s’agit-il pas d’un prétexte pour réduire ces aides en temps de crise ? Le chantage ne risque-t-il pas de s’avérer contre-productif, en excitant la colère contre les homos ? Dans les pays africains, l’homosexualité est en effet souvent dénoncée par les autorités publiques ou religieuses comme un vice occidental contraire aux traditions et au mode de vie du continent noir. Ironie amère pour qui se souvient qu’au contraire, les lois réprimant l’homosexualité ont souvent été importées par les colons eux-mêmes dans des pays où elles étaient jusqu’alors inconnues. Entre le désintéressement pour ces questions et un interventionnisme souvent animé des meilleures intentions mais parfois brouillon, voire contre-productif, la lutte pour la dépénalisation mondiale de l’homosexualité cherche donc encore un équilibre difficile.

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