111115_16musiqueimEn plein marasme new-wave, The Smiths ont sorti des décombres du thatchérisme un très grand disque, The Queen Is Dead, dont on a célébré en 2011 le 25e anniversaire.

Les années qui suivent la fin du mouvement punk marquent un tournant radical dans les esprits, dans les fringues et dans les sons : après s’être troué la peau à l’épingle à nourrice, les kids s’autorisent enfin à rêver, soignent leur look et se trémoussent sur Sweet Dreams (Are Made of This), le méga-tube d’Eurythmics sorti en 1983. Les guitares haineuses et revendicatrices sont remisées au placard, la pop revient en force et les nouveaux groupes envisagent même, pourquoi pas, de gagner un peu d’argent : bienvenue dans les années 80. C’est dans ce contexte que quatre prolétaires de Manchester aussi anonymes que leur nom, The Smiths, vont essayer de se faire une place. Victimes de la contre-révolution néolibérale de Margaret Thatcher, le quatuor porté par le charismatique Morrissey dresse un constat catastrophique de ces années fric, sans cri, ni excès, mais tout en suavité et en mélancolie. Des dommages collatéraux du thatchérisme, il écrira les abus et les violences verbales ou physiques. Il se passionnera aussi pour d’autres causes telles que le féminisme ou le végétarisme. À travers quatre albums seulement et une courte carrière de cinq années, Morrissey et les siens arrivent au sommet en 1986 avec The Queen is Dead, leur avant-dernier album.

Règlements de compte au sommet

Derrière une pochette représentant Alain Delon dans L’Insoumis d’Alain Cavalier se cache un titre d’ouverture éponyme magistral de plus de six minutes, une sorte de prolongement pop-punk au God Save The Queen des Sex-Pistol paru dix ans plus tôt. Morrissey y critique non sans humour le faste de la royauté britannique, couvrant de ridicule ce grand dadais de Prince Charles, qu’il imagine coiffé du voile nuptial de sa mère en une du Daily Mail. Le deuxième règlement de compte se fera sur le titre suivant, Frankly, Mr. Shankly, où le quatuor fustige son manager d’une mélodie légère, allant jusqu’à le traiter de «douleur flatulente dans l’arrière-train». L’album propulse les Smiths au sommet de leur art. Des guitares de Johnny Maar à la voix de Morrissey en passant par les rythmiques, The Queen Is Dead est magnifié par une production soignée. Mais avant d’être célébré comme l’un des meilleurs albums des années 80, c’était avant tout une œuvre marginale qui s’est tenue à l’écart des sons et des rythmes un peu bêtas comme des préoccupations parfois futiles de l’époque. Quand Eurythmics nous souhaitait de faire de beaux rêves, The Smiths nous rappelaient déjà à l’ordre dans Suffer Little Children, chanson extraite de leur premier album : «vous pouvez bien dormir, vous ne rêverez plus jamais».

Réédition deluxe de l’intégrale des Smiths, Warner, 351, 39€

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