120320_111228GVM1620101124Le comédien Bernard Menez met en scène au Théâtre de la Croix-Rousse une farce «hénaurme» et très gay-friendly : Le Gros, la vache et le mainate.

À la tête du Théâtre de la Croix-Rousse depuis la rentrée de septembre, Jean Lacornerie continue de marier théâtre et musique dès que l’occasion se présente. Après West Side Story, c’est une «opérette barge», Le Gros, la vache et le mainate, qui prend ses quartiers sur la colline qui travaille, du 24 au 28 janvier 2012. Dès le départ, ce spectacle intrigue. Derrière le titre énigmatique se cache en effet un texte de Pierre Guillois avec – nous assure-t-on – Bernard Menez à la mise en scène. Si ce nom ne dit rien aux plus jeunes, pour la majorité d’entre nous il évoque les épisodes de Vivement lundi le dimanche sur TF1 plutôt que le théâtre. Les mélomanes se souviennent quant à eux de Jolie Poupée, alors que les cinéphiles pensent instantanément à La Nuit américaine de Truffaut. Or, Le Gros, la vache et le mainate, c’est, à l’instar des choix de carrière de Bernard Menez, le grand écart permanent. Xavier, qui vit avec Paul, est enceint. Les tantes Chose et Schmurtz viennent rendre visite au couple pour l’aider à faire face à l’arrivée du bébé. Cependant, Xavier meurt en couches. De cette intrigue de départ, à la fois très gay-friendly, farfelue et ténue, naît une succession de numéros, qui semblent de moins en moins liés les uns aux autres au fur et à mesure que se déroule la pièce.

Des brèches et du Brecht

C’est que Pierre Guillois, auteur de la pièce et interprète – par intermittence – de Paul, prend un malin plaisir à déconstruire toute la mythologie du théâtre. Ce dernier a beau se défier de toute tentation intellectualiste, il y a du Brecht dans sa façon de mettre à nu – et la présence récurrente d’un strip-teaseur n’est pas fortuite – les ressorts dramatiques ou de démystifier la création théâtrale. Que le décor s’écroule, que le metteur en scène prenne la parole ou que les acteurs sortent de leur rôle pour faire explicitement référence à leur véritable identité, le spectateur est sans cesse tiraillé entre un rire grivois et un rire méta-théâtral. On se laisse alors aller aux facéties chantées de ces deux tantes incarnées par Pierre Vial et Jean-Paul Muel, délicieusement mordantes, sur fond d’humour camp parfaitement intégré et unanimement accepté par l’ensemble des personnages. Loin d’être une pièce sur la politique identitaire, Le Gros, la vache et le mainate ouvre néanmoins des brèches, tend des perches entre des mondes qui pouvaient sembler incompatibles. Quant à l’explication du titre énigmatique, il faudra attendre la fin de la représentation – dans la confusion générale – pour la connaître.

Et pendant ce temps, à Grenoble…

Au mois de janvier, la MC2-Grenoble offre une session de rattrapage aux lecteurs d’Hétéroclite en accueillant deux spectacles dont nous avons déjà eu l’occasion de parler dans ces colonnes. Il s’agit tout d’abord, les 12 et 13 janvier, de Gardenia, spectacle d’Alain Platel et de Franck Van Laecke proposant une réflexion sur la vieillesse à travers le parcours de travestis sexagénaires. Ensuite, du 13 au 21 janvier, Jean-Claude Gallota poursuivra son travail autour de la mémoire chorégraphique avec sept représentations de Daphnis é Chloé, son triomphe de 1982 recréé l’année dernière.

www.croix-rousse.com

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