Nicolas Bighetti de Flogny est chargé de communication de l’association lyonnaise Rimbaud, qui a lancé le 5 décembre une campagne nationale de sensibilisation au risque d’exclusion des 15-25 ans victimes d’homophobie.


 

nicolas bighetti de flogny association rimbaud lyonVous avez lancé une campagne intitulée : «Jeune et victime d’homophobie : la double punition». Quel est son message ?
Nicolas Bighetti de Flogny : Cette campagne repose sur une affiche dont nous avons réalisé nous-mêmes le visuel, avec l’aide d’un ami photographe. Elle vise à faire connaître l’un de nos secteurs d’activité, que nous appelons «accueil, soutien et accompagnement» et qui s’adresse à tous les jeunes de 15 à 25 ans victimes d’homophobie et/ou en questionnement sur leur identité sexuelle ou affective. Leur isolement les conduit souvent à des pratiques à risque, en particulier au suicide, bien plus fréquent dans cette catégorie de la population qu’ailleurs. Or, cet isolement naît de l’homophobie, vécue comme une punition ; d’où le visuel de l’affiche, qui représente une jeune fille punie, «au coin», pour le simple fait d’être lesbienne ou assimilée, peut-être à tort, comme telle.

Quel est le public visé par cette campagne et quelles réactions en espérez-vous ?
Nicolas Bighetti de Flogny : Notre public prioritaire, ce sont d’abord les jeunes de 15 à 25 ans victimes d’homophobie, auxquels nous voulons faire savoir qu’ils ne sont pas seuls et que nous proposons des permanences d’accueil et d’écoute, un suivi personnalisé avec des bénévoles formés, etc. Tous ne sont pas d’ailleurs des jeunes LGBT : certains sont des hétéros qui ne se conforment pas aux stéréotypes de genre imposés par la société. Ensuite, nous cherchons à toucher leur entourage (famille, camarades de classe, enseignants, collègues…) pour qu’ils réalisent que l’homophobie, qu’ils manient peut-être de façon insidieuse et sans bien s’en rendre compte eux-mêmes, n’est pas sans conséquence. Leur attitude ne changera peut-être pas du jour au lendemain, mais si cette campagne leur a au moins permis de réfléchir à cette question, elle n’aura pas été inutile. Enfin, notre dernière cible, ce sont les responsables politiques et les médias, que nous souhaitons interpeller et à qui nous voulons faire connaître notre association.

Pourquoi vous a-t-il semblé important de lancer cette campagne maintenant ?
Nicolas Bighetti de Flogny : Depuis plusieurs mois, nous sommes submergés d’appels à la jeunesse, que ce soit par les Indignés, par François Hollande, par Rama Yade, par Jack Lang… Mais aucun ne parle de cette partie de la jeunesse qui est victime d’homophobie et chez laquelle le suicide représente la première cause de mortalité. Notre campagne se veut donc aussi un coup de projecteur sur cette jeunesse-là.

Avez-vous déjà reçu des réactions ?
Nicolas Bighetti de Flogny : La campagne a été extrêmement bien relayée sur les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook, qui nous a permis de toucher entre 400 et 500 000 personnes. Nous avons reçu plusieurs mails de jeunes directement concernés, dont une jeune fille qui n’habite pas Lyon et que nous allons essayer d’orienter vers une association effectuant un travail similaire au nôtre, mais plus près de chez elle. C’est à la fois positif, parce que cela montre que l’affiche a été largement vue, et triste parce que ça signifie que cette jeune fille ne savait pas vers qui d’autre se tourner !

Avez-vous reçu une aide financière des collectivités locales ou de sponsors ?
Nicolas Bighetti de Flogny : Cette campagne, nous aurions pu la financer nous-mêmes grâce à notre trésorerie, qui comprends les adhésions et les cotisations de nos bénévoles ainsi que des dons privés. Mais nous avons de surcroît obtenu une subvention de 4000€ de l’Agence régionale de santé (ARS) pour le secteur «accueil, soutien et accompagnement» de l’association, qui va beaucoup plus loin que cette simple campagne. Pour l’instant, celle-ci nous a coûté environ 700€, principalement en frais d’impressions et d’envois. L’affiche a été tirée à 800 exemplaires, dans deux formats différents. Nous envisageons également de l’éditer au format carte postale et nous nous réunirons prochainement pour évaluer la nécessité d’une réimpression.

 

Rimbaud : la mission
Fondée en 2009 par un jeune Lyonnais de 22 ans, Tanguy Dufournet, l’association Rimbaud s’organise en quatre secteurs : «prévention et formation» (un volet qui comprend notamment des interventions en milieu scolaire), «accueil, soutien et accompagnement», «culture et événementiel» et «hébergement». Elle s’adresse principalement à des jeunes de 15 à 25 ans rejetés du domicile familial, en rupture avec leur entourage ou en butte à des difficultés en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

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