Anne Béniguel fait partie de la commission communication du festival international du film lesbien et féministe de Paris, Cineffable.

Dans quel contexte est né Cineffable ?
Avant d’être un festival, Cineffable était un ciné-club créé à la fin des années 80 par des filles qui fréquentaient le festival international de films de femmes de Créteil et qui trouvaient qu’il y avait certes beaucoup de lesbiennes dans les salles, mais très peu de films lesbiens à l’écran. La première édition du festival a eu lieu en 1989, sur trois ou quatre jours, au cinéma L’Entrepôt.

Pourquoi ce choix de la non-mixité ?
Les créatrices de Cineffable (dont beaucoup font encore partie de l’équipe organisatrice, vingt-deux ans plus tard) viennent pour la plupart du mouvement féministe et ont connu la grande période des réunions non-mixtes. Il ressort de leur expérience que la non-mixité autorise une libération de la parole et une plus grande diversité dans l’expression du vécu des participantes. Il devient ainsi plus facile de projeter des films qui, sans être forcément pornographiques, parlent de sexualité très frontalement ; plus facile également de débattre de ces questions. On se protège ainsi du risque de voyeurisme, qui pèse toujours aujourd’hui sur toutes celles qui se revendiquent lesbiennes. Être plus libres nous permet de nous ressourcer et d’être plus fortes pour affronter les difficultés que l’on rencontre à l’extérieur lorsqu’on est lesbienne. C’est pour toutes ces raisons que le festival est non seulement réservé à un public exclusivement féminin, mais aussi organisé par une équipe uniquement composée de femmes et que les films projetés sont tous réalisés par des femmes. On encourage ainsi le travail de réalisatrices qui ont souvent du mal à toucher le grand public, surtout celles qui se spécialisent dans le documentaire ou le court-métrage et qui ont rarement accès aux circuits de distribution.

Est-ce que la non-mixité a encore un sens aujourd’hui ?
Oui. Certaines filles, lorsqu’elles ont rejoint l’équipe, ne comprenaient pas que les hommes ne soient pas admis ; mais, après avoir découvert le festival et le travail collectif qui le précède, elles ont reconnu qu’elles avaient besoin de cette non-mixité.

Quelle est votre politique à l’égard des trans ?
Il y a régulièrement des projections de films et des débats sur les transidentités ; peuvent y participer toutes celles qui se revendiquent femmes. Les trans qui assistent au festival sont donc pour l’essentiel des MtF (Male to Female : femme trans, personne née et reconnue de sexe masculin et souhaitant devenir une femme, NdlR), mais il y a aussi quelques FtM (Female to Male : homme trans, personne née et reconnue de sexe féminin et souhaitant devenir un homme, NdlR) au début de leur processus de transition. C’est parfois un peu délicat ; on a déjà eu affaire à des provocateurs, des hommes barbus qui se revendiquaient MtF… L’équipe organisatrice compte également une trans lesbienne.

On reproche souvent aux gays leur manque d’intérêt pour les questions lesbiennes ; est-ce que cela vous semble justifié ?
Depuis une dizaine d’années, notre association organise, en plus du festival, un deuxième événement annuel qui, lui, est mixte. Cela s’appelait auparavant le Best-of mixte et désormais Le Printemps de Cineffable. Il s’agit d’une sélection d’œuvres qui ont reçu le prix du public ou que nous souhaitons mettre en avant. Et, en dehors de quelques-uns venus accompagner une copine, très peu d’hommes assistent aux projections.

N’est-ce pas la preuve qu’il est impératif de faire découvrir aux hommes la richesse du cinéma lesbien ?
C’est ce que nous essayons de faire en engageant des partenariats avec des festivals mixtes, notamment des festivals de cinéma gay et lesbien qui reposent souvent sur des structures plus légères et qui peuvent avoir de ce fait plus de difficultés à sélectionner des films lesbiens. C’est ainsi que nous sommes amenées à travailler par exemple avec Face à Face à Saint-Étienne ou avec Vues d’en Face à Grenoble.

Cineffable et les pouvoirs publics

L’association organisatrice du festival reçoit depuis 2003 une subvention de la Ville de Paris au titre de l’Observatoire de l’égalité femmes/hommes (de 8 000 à 10 000€ selon les années). Au grand dam de l’opposition de droite au Conseil de Paris, qui y voit là la preuve d’une politique clientéliste et communautariste du maire, Bertrand Delanoë. Cineffable affirme pour sa part que cette subvention n’est pas nécessaire à son fonctionnement, mais qu’elle symbolise une forme de reconnaissance institutionnelle à laquelle elle demeure attachée.

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