120320_12012617opraim1JeanMarcLobbL’Opéra-Théâtre de Saint-Étienne accueille, du haut de sa colline, une mise en scène de L’Opéra de Quat’sous signée Laurent Fréchuret, actuel directeur du Centre National Dramatique de Sartrouville.

Né sous la République de Weimar en 1928, L’Opéra de Quat’sous, première collaboration entre Bertolt Brecht et Kurt Weill, dénonce les dérives d’un pouvoir bourgeois corrompu, alors que pointe déjà l’ombre des grands totalitarismes du XXe siècle. Dans la période de crise économique et de tentation nationaliste que nous traversons aujourd’hui, il n’est sans doute pas vain de se remémorer l’histoire de Mackie le Surineur. C’est à une véritable provocation que se livrent alors Brecht et Weill, jeunes artistes que le nazisme allaient bientôt propulser vers la gloire américaine, en composant L’Opéra de Quat’sous. En détournant la structure et les codes de l’opéra, parangon de la culture bourgeoise élitiste qu’ils entendent dénoncer, le compositeur et le dramaturge ont donné naissance à l’une des œuvres majeures de l’entre-deux-guerres. Bien qu’il conserve des éléments emblématiques du spectacle opératique – jusqu’à l’improbable deus ex machina du dénouement – Kurt Weill remplace l’orchestre traditionnel par un jazz band et introduit des instruments de musique populaires, loin des violons alto et des flûtes traversières. De son côté, Brecht troque les nobles et les puissants qui hantent généralement les scènes d’opéra pour un ramassis de malfrats, de prostituées et de policiers corrompus jusqu’à la moelle. Il s’agit alors de pousser le public bourgeois dans ses retranchements, en lui donnant à voir la corruption et l’injustice du monde capitaliste.

Roméo et Juliette chez les putes

Le gangster Mackie le Surineur épouse en secret Polly Peachum, la fille du chef de la corporation des mendiants. Furieux, celui-ci demande au chef de la police de faire arrêter Mackie. Mais c’était sans compter sur les collusions entre trafiquants et policiers. Le chef de la police préfère mettre en garde Mackie, qui trouve refuge chez la prostituée Jenny-des-Lupanars. Par jalousie, celle-ci choisit néanmoins de trahir Mackie et de le livrer aux autorités. Sur la trame d’un drame amoureux classique, Brecht dresse le portrait d’une société underground peu reluisante, où chacun est prêt à trahir sans vergogne. L’auteur entend ainsi dénoncer les préjugés de la bourgeoisie à l’égard des pauvres et des marginaux, accusés de se complaire dans la médiocrité aux dépens des gens de bonne condition. Quand on se souvient que Sarkozy faisait il y a peu de la guerre contre les fraudeurs (accusés de ruiner le système de protection sociale) un enjeu politique majeur de la fin de son mandat, on comprend combien L’Opéra de Quat’sous a d’enseignements à apporter aux audiences contemporaines.

Un duo rock et choc

Parmi les chansons du duo formé par Bertolt Brecht (aux paroles) et Kurt Weill (à la musique), deux au moins ont fait l’objet d’innombrables reprises qui les ont définitivement inscrites au panthéon de la culture populaire. Mack the Knife (traduit en français par La Complainte de Mackie), tiré de L’Opéra de Quat’sous, a ainsi été interprété par des pointures du jazz ou du rock comme Ella Fitzgerald, Louis Armstrong, Frank Sinatra, les Beatles, Nick Cave ou Roger Daltrey, le chanteur des Who. Plus célèbre encore peut-être, Alabama Song a été immortalisé par les Doors sur leur premier album en 1967, avant que David Bowie, grand fan de Brecht, n’en livre sa propre version treize ans plus tard.

www.opera.saint-etienne.fr

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