La scène musicale féminine, véritable fourre-tout, connaît une légère tendance à la caricature. La nouvelle édition du festival Les Femmes S’en Mêlent tente donc de la redéfinir à travers des concerts de qualité.

15e édition pour le festival Les Femmes S’en Mêlent, qui fait la part belle aux artistes féminines. La formule ne bouge pas d’un poil : on y retrouve des artistes et des groupes des quatre coins du monde, qui se produisent de manière aléatoire entre Paris, la province et même dans quelques villes à l’étranger. La capitale ne rafle pas la meilleure part du gâteau, dont Grenoble s’adjuge cette année la cerise en accueillant huit concerts pour quatre soirées.

Le problème majeur de cette scène dite «féminine», ce sont ces contours flous : on y trouve à peu près tout et n’importe quoi. C’est ainsi qu’il faut fuir très vite la clique de celles qui se prennent pour CocoRosie parce qu’elles miaulent, celles qui se prennent pour Björk parce qu’elles ajoutent à leurs chansons trois notes d’électro et celles qui nous tentent de nous refourguer leur pop rose bonbon. En somme, toutes celles qui auto-caricaturent la scène féminine. D’où la nécessite d’aller faire un tour au festival Les Femmes S’en Mêlent, qui nous propose le meilleur de cette scène à travers huit concerts grenoblois.

Les femmes au ciel

Tempête de grrrl rock le 27 mars au Ciel, à Grenoble, avec le groupe Comanechi. Akiko Matsura, chanteuse et batteuse sulfureuse, est aux commandes de ce duo punk et noise, qui ne craint pas le bruit, ni la dissonance, ni les hurlements.

Le lendemain, on pourra s’autoriser à se reposer de tant de bruit et de fureur en séchant le cours de garage pop façon 60’s des Dum Dum Girls : une sanction méritée après à leur prestation paresseuse au Clacson à Oullins en décembre dernier.

On ne retournera donc au Ciel que le 29 mars, pour une soirée new wave avec le groupe suédois Masquer. Ce duo quasi-inconnu mais ultra-dansant a eu la bonne idée de glisser une pointe de mélancolie dans son son et de faire ainsi voyager leur set sur les terres de la coldwave.

Le festival se conclura le 1er avril avec les plus célèbres My Brightest Diamond qui, au bout de quatre albums, n’ont rien perdu de leur classe. All Things Will Unwind est encore une belle démonstration, toute en douceur, de pop calme et raffinée dont les arrangements tendent vers la musique classique.

Shara Worden et son groupe seront également la veille au Transbordeur, accompagnés de Mensch, le projet des lyonnaises Vale Poher et Carine Di Vita en forme de déclaration d’amour rock et électro à Blondie.

Rock noir sauce vermouth

Comme toujours, Elysian Fields fait preuve de discrétion. Le nouvel album de cette formation new-yorkaise, Last Night On Earth, est sorti en avril 2011 dans la plus grande confidentialité et leur tournée en France fait peu parler d’elle. Jennifer Charles et Oren Bloedow, les têtes pensantes du combo, poursuivent pourtant obstinément leur chemin, toujours à pattes de velours, dans le milieu des musiques actuelles. Chaque album d’Elysian Fields procure toujours cette étrange envie de s’enfermer dans un club de jazz garni d’une moquette murale rouge et de fumer trois paquets de cigarettes en buvant du vermouth. On y écouterait l’envoûtante Jennifer Charles promener sa voix le long de balades langoureuses.

Très jazz, parfois expérimental, Elysian Fields est paradoxalement un groupe aux racines rock et cette intervention d’un rock noir dans leurs compositions veloutées fait toute sa distinction. Leurs arrangements, aussi cosy soient-ils, jouent toujours avec l’électricité et l’énergie du rock. C’est pourquoi Elysian Fields n’officie pas dans des clubs de jazz rupins mais bel et bien dans des salles de musiques actuelles, où la bière remplace le vermouth…

 

Festival Les Femmes S’en Mêlent, du 20 mars au 1er avril / www.lfsm.net

 

Photo : Akiko Matsura, du duo Comanechi

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