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120320_12013116musiqueimDaniel Darc est mort jeudi 28 février à l’âge de 53 ans. L’occasion de se replonger dans les ténèbres de Taxi Girl.

Les membres de Taxi Girl se rencontrent au lycée Balzac, à Paris, à la fin des années 70. Il y a là Daniel Darc, Laurent Sinclair (le claviériste, alors compagnon de Joëlle Aubron d’Action Directe), Mirwais (le futur petit génie à la française de l’électro et producteur de Madonna) et Pierre Wolfsohn, dont le futur s’arrêtera brutalement en 1981 suite à une overdose de cocaïne. En 1978, tous sniffent de la colle, sont punks, radicaux, bastonneurs, écoutent Patti Smith, les Stooges, le Velvet. Lors d’une grève au lycée, Pierre se met à la batterie, Mirwais à la guitare, Laurent au clavier et Daniel, s’improvisant chanteur, choppe le mégaphone et entame une reprise de Carol de Chuck Berry. Taxi Girl se forme. Le bassiste Stéphane Erard se joint au groupe et les répét’ peuvent commencer. La bande des cinq s’installe au club parisien Le Rose Bonbon. Si l’on ne retient aujourd’hui de Taxi Girl qu’un seul tube propret, que l’on pourrait aisément confondre avec un morceau d’Indochine (Cherchez le Garçon), l’ambiance, lors de leurs concerts, est toute autre. En 1979, au Palace, en première partie des Talking Heads, Mirwais porte un T-shirt à l’effigie de Staline, au fond de la scène trône un portrait d’Hitler revu par Dali et Daniel Darc se tranche les veines sur scène, se frappant l’artère sectionnée afin d’éclabousser son public. Ambiance.

Bas les masques

En octobre 1980 sort donc le single Cherchez le Garçon, qui devient très vite un tube et même le titre-coup de cœur de Dalida. Taxi Girl est alors à la mode. Karen Cheryl souhaite recevoir le groupe sur son plateau de télévision et Darc et ses potes posent dans des magazines pour ados. La honte. La réalité, c’est qu’ils sont (déjà) incontrôlables, camés, post-punk jusqu’au bout de leur chaussures pointues et ne peuvent presque plus se supporter. Ébranlés par la disparition de Pierre Wolfsohn et la démission de leur bassiste, ils se lancent alors dans l’enregistrement de Seppuku, réaction lugubre à Cherchez le Garçon. L’album sort en 1982 ; la pochette représente une jeune femme se faisant hara-kiri. Daniel Darc souhaite rajouter une lame de rasoir à l’intérieur du disque mais se heurte au veto du label. L’accueil des critiques et du public est glacial. Les masques tombent : voilà qui sont vraiment les membres de Taxi Girl. Darc se souvient : «le boss de Virgin voulait un Cherchez le Garçon bis. Quand on a remis Seppuku, il a méchamment flippé». Seppuku sera le seul et unique album de Taxi Girl, mortifère, post-punk, marchant dans les pas de l’électronique façon Kraftwerk. Il révèle surtout la vraie musicalité du trio, mais aussi l’écriture de Daniel Darc, qui laisse entrevoir la taille de son âme tourmentée et qui aura besoin de temps pour s’apaiser enfin.

Lumineux Darc

Après la séparation de Taxi Girl en 1986, Daniel Darc entame une carrière solo avec un premier album sorti en 1987, qui porte du début à la fin la trace de son réalisateur, Jacno (ex-membre des Stinky Toys, décédé en 2009). Pas très personnel, donc. Suivront quelques disques de bonne facture (dont l’album concept Parce que, coécrit avec son ami Bill Pritchard) et d’autres un peu moins réussis. Il faut attendre 2004 pour que Daniel Darc livre un disque vraiment en solo et vraiment de qualité : Crèvecoeur. Le public et les critiques ne s’y trompent pas et lui offrent une reconnaissance amplement méritée. Aujourd’hui, Darc est devenu protestant, il lit la Bible quotidiennement et se passionne pour le taï-chi. Malgré ces signes inquiétants, il va bien. La preuve, La Taille de mon âme, paru en novembre 2011, est un grand disque, lumineux, composé de chanson simples et délicates, où l’écriture est plus acérée que sur ses précédentes productions et bien moins lugubre. Sur scène, il ne s’ouvre plus les veines comme à la «grande époque» : le leader sous pression de Taxi Girl a laissé place à un chanteur humble et fragile. Moins sensationnel, certes, mais difficile de le lui reprocher.

Bonus : le clip de « Paris » (1984)

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