À l’occasion du week-end de création «Ça tremble» organisé par les Subsistances, Thibaud Le Maguer, qui a été artiste en résidence dans ce laboratoire international de création artistique, revient à Lyon pour présenter son dernier spectacle, Unum.

Sachant que ce jeune homme de 32 ans est originaire de Jenlain, dans le nord de la France et que son nom signifie «le nourricier» en breton, d’aucuns pourraient penser qu’il était destiné à ouvrir une brasserie. C’est néanmoins vers une autre forme de nourriture qu’a choisi de se tourner Thibaud Le Maguer. Il commence la danse classique à l’âge de huit ans et intègre, de quinze à dix-huit ans, le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon. À sa majorité, cependant, les contraintes de l’enseignement de la danse classique commencent à peser sur le futur chorégraphe, qui rêve de nouveaux horizons. Il poursuit alors sa descente toujours plus au sud pour suivre le programme ex.e.r.ce du Centre chorégraphique national de Montpellier, sous la direction de Mathilde Monnier. C’est là que, de son propre aveu, il acquiert «le sens de la pratique».

Diverses collaborations jalonnent ensuite son parcours d’interprète. Quand on lui demande de les citer, Thibaud Le Maguer en retient particulièrement trois, constitutives selon lui de son approche du travail chorégraphique. Il y a tout d’abord Brice Leroux, qui allie les arts visuels à la danse. Par la suite, avec Lluis Ayet et sa recherche du mouvement involontaire, Le Maguer développe une réflexion autour de la naissance du mouvement, entre adhérence au sol et résistance à l’air. Enfin, avec Marc Vincent et l’héritage de la danse postmoderne américaine des années 70, il s’interroge sur les notions d’absence et de disparition et sur l’idée d’«être mû». Car, au-delà de sa formation de danseur, Thibaud Le Maguer pense la danse, intellectualise le mouvement, ce qui le conduit tout naturellement à chorégraphier ses propres spectacles.

Une philosophie chorégraphique

Influencé par la philosophie et particulièrement par les 58 indices sur le corps de Jean-Luc Nancy, Le Maguer crée en 2006 l’association Animae Corpus. Après deux premiers spectacles «de jeunesse», le chorégraphe propose en 2009 Multiplex, conçu en collaboration avec Jonathan Schatz. Prenant le spectateur «en otage» – selon ses propres termes –, Le Maguer confronte le public au silence et au rien. Le corps de l’interprète n’est plus alors considéré en tant que tel mais pris métaphoriquement comme outil de représentation du vivant, comme instrument organique entre la vie et la mort.

La réflexion entamée autour de Multiplex atteint son point d’orgue avec Unum. Développé en résidence aux Subsistances en 2011, ce spectacle apparaît comme l’aboutissement du travail amorcé par Thibaud Le Maguer depuis ses débuts de chorégraphe. Tendant vers une épure toujours plus exigeante, le jeune homme affirme clore ainsi une séquence de son parcours.

Un spectacle comme une naissance

Aussi bien dans la forme que dans le fond, Unum est une naissance. Le Maguer parle d’«une invitation à vivre une expérience de la perception du réel» différente de ce à quoi le public est confronté habituellement. Tous les sens du spectateur sont mis à l’épreuve. Le silence des spectacles précédents laisse ainsi la place à un travail autour de la musique et du son réalisé par Daniel Zéa, compositeur et designer colombien. Angèle Mignot, costumière, a mis au point une tenue diaphane, comme une seconde peau qui, par un complexe jeu de lumières, magnifie la nudité du danseur et devient la membrane qui fait le lien entre le corps et le monde, alimentant la relation entre l’intérieur et l’extérieur.

Actuellement, Thibaud Le Maguer travaille sur un nouveau projet pour lequel il exige de ses interprètes qu’ils explorent leurs émotions à travers le cri. Toujours prêt à sonder les confins de la danse.

 

www.thibaud-le-maguer.over-blog.com

 

Photo : Thibaud Le Maguer © Anne-Cécile Chane-Tune

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