Est-ce l’élection présidentielle qui inspire les programmateurs de théâtre ? En avril, les scènes lyonnaises font la part belle aux réflexions shakespeariennes sur le pouvoir avec deux pièces, III (d’après Richard III) et Richard II.

Il semblerait qu’au XXIe siècle, les intrigues de William Shakespeare trouvent toujours un formidable écho auprès du public. En 2003, Philippe Malone, écrivain et photographe né à Toulon, se lance dans la rédaction de III, d’après Richard III du dramaturge anglais. Cette pièce, mise en scène par Gislaine Drahy et que le Centre culturel Charlie Chaplin accueille du 24 au 26 avril, emprunte à la tragédie d’origine sa réflexion sur le pouvoir. Le personnage principal, Richard, n’hérite plus d’un trône mais d’un empire industriel et financier qu’il doit apprendre à gouverner. Et se révèle aussi incompétent que son homologue du XVIe siècle. Puissant asservi à ses désirs et à ses pulsions, Richard n’a aucun souci de l’intérêt général, dans un monde où la corruption et l’individualisme règnent en maîtres.

Les analogies fusent, on pense bien entendu à Sarkozy, mais le spectacle ne se contente pas de ce niveau de lecture premier. Dans un texte qui reprend les caractéristiques shakespeariennes du mélange des registres de langue et du balancement incessant entre tragédie et comédie, Philippe Malone démontre à nouveau que le pouvoir, sans projet pour l’exercer, ne produit rien de bon. Avec son petit cheval, son petit trône et son grand miroir, le Richard de III n’est que la triste illustration des vanités de notre société capitaliste.

Pouvoir et déception

Les réflexions sur le pouvoir ne sont néanmoins pas l’apanage d’une France en campagne. Traversant le Rhin, le Berliner Ensemble, compagnie créée par Brecht en 1949 à son retour d’exil, présente du 24 au 29 avril Richard II de Shakespeare au Théâtre national populaire de Villeurbanne. Là encore, il s’agit de s’interroger sur les dérives des puissants, face un monarque qui renie sa parole et qui semble hors de tout contrôle. Or, pour mettre à jour les mécanismes du pouvoir, on peut faire confiance à la compagnie berlinoise, nourrie de distanciation brechtienne. Dans un décor noir et blanc, maquillés tels des clowns, les acteurs du Berliner donnent à entendre et à voir toute la subtilité du texte de Shakespeare.

Richard II de Shakespeare par le Berliner Ensemble, mis en scène par Claus Peymann credit Georg Soulek pour le Burgtheater

Certains seront peut-être rebutés à l’idée d’assister à un spectacle de 3h sur-titré en allemand. Cependant, quiconque a eu la chance d’assister à un spectacle du Berliner Ensemble sait combien l’effort est récompensé. Il n’y avait qu’à voir Mère Courage et ses enfants, il y a quelques années aux Nuits de Fourvière, pour s’en persuader. Le travail des acteurs et du metteur en scène, Claus Peymann, est si précis, si réfléchi, que les difficultés de compréhension apparentes s’envolent au bout de quelques instants seulement. C’est à ce prix que se vivent les grands moments de théâtre.

 

Photos : Richard II de Shakespeare par le Berliner Ensemble, mis en scène par Claus Peymann © Georg Soulek pour le Burgtheater

 

 

Crimes et châtiments selon Shakespeare

Bien que Shakespeare écrive Richard II et Richard III à deux ans d’intervalle, près d’un siècle sépare l’action des deux tragédies, qui ne sont pas la suite l’une de l’autre. Dans Richard II, qui s’inspire de la vie du roi d’Angleterre de 1377 à 1399, le monarque, après avoir tué son oncle Gloucester, exile son cousin Henry et lui confisque ses biens. Alors que Richard II prépare une intervention contre l’Irlande, Henry revient en Angleterre et fomente une guerre civile avec d’autres seigneurs du royaume déçus par l’exercice du pouvoir du roi. Fait prisonnier, Richard II est finalement contraint d’abdiquer.

Pour Richard III, Shakespeare puise son inspiration dans l’histoire celui qui fut roi d’Angleterre de 1483 à 1485. Le dramaturge retrace l’arrivée au pouvoir du monarque, parsemée de crimes et de manigances pour monter ses ennemis les uns contre les autres. Devant la violence sanguinaire de Richard III, une rébellion se met en place depuis la Bretagne. Malgré les intrigues politiques qu’il ne cesse d’ourdir, le roi est tué et laisse son trône à Henry VII, dont l’innocence doit remettre le royaume sur le bon chemin.

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