En Algérie, pays où l’homosexualité est pénalisée, les militants LGBT se battent contre le poids de la tradition et de la religion… mais aussi contre le désintérêt de leurs homologues de l’autre côté de la Méditerranée.

Une bougie à la fenêtre évoque aux Lyonnais la tradition du 8 décembre, quand les fenêtres de la ville s’illuminent pour la fête des Lumières. En Algérie, quelques bougies apparaissent à 20h le soir de la Journée nationale des LGBT algériens, le «ten-ten» (10/10 en anglais), ainsi nommé parce qu’il a lieu tous les ans le 10 octobre. C’est sans doute le moment de l’année où la communauté LGBT d’Algérie est la plus visible.

«C’est une action symbolique», explique Adams, pseudonyme militant de Wahid. «Mais le mouvement LGBT algérien est en bonne voie. Il y a une dynamique, on reçoit des encouragements, des soutiens qu’on n’avait pas avant». Installé dans les salons d’un grand hôtel d’Oran – deuxième ville d’Algérie, considérée comme relativement libérale, davantage que la capitale Alger – ce traducteur de 34 ans est membre d’Alouencouleurs» en arabe), l’une des rares associations LGBT du pays. Elle a été fondée en 2011 avec pour objectifs la création d’un espace d’échange et d’expression pour les LGBT algériens, la dépénalisation de l’homosexualité, la lutte contre l’homophobie et la lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles.

Homosexualité pénalisée et invisibilisée

Alouen reste une association «informelle» : ses fondateurs ont été dissuadés de la déclarer officiellement par les deux articles du Code pénal algérien qui répriment l’homosexualité. L’article 333 alinéa 2 aggrave l’outrage public à la pudeur si celui-ci consiste en un «acte contre-nature avec un individu du même sexe» et prévoit une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans et une amende de 1 000 à 10 000 dinars (le salaire minimum est de 20 000 dinars, soit environ 200 euros). Quant à l’article 338, il sanctionne les «actes d’homosexualité» d’une peine de deux mois à deux ans de prison et d’une amende de 500 à 2 000 dinars, la sanction pouvant être aggravée si l’un des deux auteurs est mineur.

Surtout, souligne Adams, «l’homosexualité est invisibilisée». Elle est totalement absente des journaux – sinon pour de rares comptes-rendus de procès – et les dirigeants du pays, quand ils sont interrogés par des organismes internationaux, répondent que l’homosexualité n’existe pas en Algérie.

Poids de la religion et de la tradition

Mais le principal obstacle que rencontrent ces militants est le poids de la tradition et de la religion, précise Adams. «Je peux revendiquer être musulman et gay», explique celui qui se considère comme «peu pratiquant» (il ne pratique pas la prière, l’un des cinq piliers de l’islam). Mais sa position ne fait pas l’unanimité et Adams voit dans l’intériorisation des discours moraux la principale difficulté à développer une communauté LGBT algérienne. Il en veut pour preuve les débats autour du mariage symbolique de deux musulmans, célébré en février par un imam à Sevran (Seine-Saint-Denis), Ludovic Mohamed Zahed. Un fil de discussion sur le forum Internet Gays et lesbiennes d’Algérie (GLA), intitulé avec provocation «mariage hallal», a suscité de vives réactions.

«Moi, personnellement j’ai la conviction que Dieu ne me permet pas de baiser avec des mecs. Dieu ne permet même pas de baiser avec des femmes hors mariage, ce qui est quand même le fondement de toute religion. On ne touche pas au sacré. Soit j’applique la parole de Dieu à la lettre, soit je n’applique rien du tout», a par exemple écrit un des membres.

Ce à quoi un autre a répondu : «le message [derrière ce mariage symbolique] est : «nous vous montrons qu’il y a des personnes musulmanes, y compris un imam, qui ne voient pas en l’homosexualité une aberration qui doit conduire à la lapidation, au meurtre ou à l’emprisonnement des LGBT». Je suis gay, je suis musulman convaincu, je fais la prière, le ramadan, j’essaye d’être bon avec mon prochain et d’être une bonne personne et dans tout cela je ne me sens pas en contradiction avec moi même».

Indifférence des associations européennes

Ces débats poussent Alouen à donner la priorité à un «travail sur la communauté elle-même». Contre le «pour vivre heureux, vivons cachés», l’association vise avant tout «la constitution et l’organisation d’une communauté LGBT» encore faible. Outre Alouen, il existe une seconde association, plus ancienne, Abu Nawas. Internet a permis d’ouvrir un espace de liberté et joue un rôle primordial dans un pays où les lieux aux couleurs de l’arc-en-ciel n’existent pas. Quelques cafés sont considérés comme «gay-friendly» et leur nom circule par le bouche-à-oreille ; des soirées privées permettent se retrouver. Le forum GLA est un de ces espaces d’échange, dont les membres se retrouvent parfois en chair et en os. C’est également sur Internet qu’on peut lire LeXo Fanzine, un fanzine lesbien. Quant aux militants, ils sont particulièrement connectés – c’est par exemple Facebook qui permet de rencontrer Adams.

Alouen essaye d’œuvrer de concert avec d’autres associations des pays arabes et il arrive à ses membres de suivre des formations avec des militants étrangers. En revanche, les militants LGBT algériens ont peu de contacts avec la France et l’Union européenne. «Les associations européennes s’intéressent peu à nous», regrette Adams. «On aimerait qu’elles fassent plus d’efforts».

2 Réponses à “Alger la rose ? Être gay ou lesbienne en Algérie”

  1. chakib

    La sexualité tout court est tabou en Algérie et pas seulement l’homosexualité, vous croyez que les hétéro sont mieux vus que nenni quel enfer sexuel ce pays

    Répondre

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