Afin de faire reculer l’épidémie de sida, faut-il légaliser les autotests permettant de connaître soi-même son propre statut sérologique ?

Pourra-t-on, dans un avenir proche, faire le point sur son statut sérologique tout en restant chez soi ? C’est du moins ce qu’espère l’association de lutte contre le sida Warning, qui mène actuellement campagne pour la légalisation des «autotests», des outils de dépistage du VIH utilisables par tout un chacun, sans l’aide d’un médecin, d’un infirmier ou même de personnel qualifié (associatif, par exemple).

Bien qu’aucun pays au monde ne les ait autorisés, ces tests sont actuellement disponibles facilement sur Internet, mais sans aucune garantie de qualité. C’est pourquoi Nicolas Charpentier, de Warning estime que «leur résultat, négatif ou positif, ne peut être considéré comme fiable» et qu’«il est urgent d’autoriser la vente d’autotests VIH de qualité», à la fois pour garantir à leurs utilisateurs une information sûre et pour faire diminuer le nombre (estimé pour la France à 50 000, soit de 20 à 30% des personnes contaminées) de séropositifs qui ignorent leur statut. Des études menées récemment en Afrique et en Amérique latine confirment d’ailleurs selon lui l’intérêt de l’auto-dépistage.

La prochaine étape ?

Du côté de AIDES, la plus ancienne association française de lutte contre le sida, Jean-Marie Le Gall reconnaît que «les autotests représentent sans doute la prochaine étape en matière de dépistage, car on va vers une autonomisation de plus en plus grande des pratiques médicales, comme ce fut le cas il y a quelques années avec les tests de grossesse». Encore faut-il savoir à qui s’adressent ces tests. Antoine Henry, de AIDES également, rappelle que «le fantasme qui associe la séropositivité à la mort reste très prégnant» et qu’il est donc nécessaire de prendre en compte la réaction d’une personne seule lors de la découverte de sa contamination.

autotests vih copyright aaz

«Néanmoins, on peut penser que les autotests présenteraient un intérêt certain auprès des populations les mieux informées de la réalité de la séropositivité, comme les gays, par exemple. La question qui se pose est la suivante : le regard de la société sur les personnes vivants avec le VIH a-t-il suffisamment évolué ?». Hughes Fischer, ancien coprésident d’Act Up-Paris, association auprès de laquelle il milite depuis sa création en 1989, met de son côté en garde contre un optimisme trop précoce : «quand on voit les difficultés qu’il a fallu vaincre pour que les autorités sanitaires autorisent les tests rapides, qui sont pourtant utilisés en Afrique depuis des années, on se dit que la légalisation des autotests n’est pas pour demain…».

 

Photos © Société AAZ

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