Deux universitaires américains ont rassemblé dans Bougres de vies des « autobiographies » d’homosexuels masculins du XIXe siècle collectées par des médecins.

«L’homosexuel du XIXe siècle est devenu un personnage : un passé, une histoire et une enfance, un caractère, une forme de vie ; une morphologie aussi, avec une anatomie indiscrète et peut-être une physiologie mystérieuse». Ainsi Michel Foucault décrivait-il dans La Volonté de savoir (1976) la naissance de l’homosexualité comme «catégorie» créée par la médecine au XIXe siècle. Le livre Bougres de vies récemment publié par les éditions ErosOnyx en est une excellente illustration. Compilé par deux universitaires américains, William A. Peniston et Nancy Erber, il rassemble huit «autobiographies» d’homosexuels masculins du XIXe siècle collectées par des médecins.

Bougres de vie

L’autobiographie mérite ici ses guillemets, tant les récits sont imprégnés du discours médical. Ainsi, quand le travesti Pauline de Floranges attribue sa «perversion» à l’éducation donnée par sa mère, il écrit qu’«il est évident que celui qui a été formé dès son plus jeune âge par l’éducation d’un père brusque ne fera pas un jour un homme semblable à ceux dont je me fais le biographe intéressé».

Pour autant, ces témoignages ne valent pas seulement comme document sur les cultures homosexuelles ou pour les bribes de discours médical qu’on y trouve. Ils redonnent la parole à ceux qui racontent leur vie, contestent parfois le pouvoir médical ou, le plus simplement du monde, décrivent leur sentiment amoureux. Comme cet aveu anonyme de 1845 : «il avait de grands yeux bleus, dans lesquels j’aimais à puiser la tendresse ; et lorsque sa tête s’appuyait sur mon épaule, lorsque sur ses lèvres venait errer mon nom, je me disais : là aussi sera pour moi le bonheur d’être aimé».

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