Deux théâtres de l’Est lyonnais accueillent ce mois-ci deux pièces de l’Antiquité grecque, L’Assemblée des femmes d’Aristophane et Antigone de Sophocle, qui mettent en scène des femmes révoltées.

Alors que l’affaire DSK semble avoir redonné une relative visibilité au féminisme français et que le condescendant «mademoiselle» a été rayé des formulaires officiels, deux scènes lyonnaises donnent la parole à des femmes en rupture avec l’ordre patriarcal. Les 24 et 25 mai, le Centre Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin accueille L’Assemblée des femmes du Théâtre du Grabuge, mis en scène par Géraldine Bénichou, d’après Aristophane et agrémenté de réflexions plus contemporaines, puisées notamment dans King-Kong Théorie de Virginie Despentes. Au Ve siècle avant J.-C., le dramaturge grec Aristophane imagine en effet une comédie où les femmes prennent les affaires publiques en main à la place des hommes, pour dénoncer la corruption et l’individualisme qui gagnent peu à peu la prospère Athènes.

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S’appuyant sur cette intrigue dont l’actualité est encore perceptible, Géraldine Bénichou crée un spectacle qui fait sans cesse le va-et-vient entre l’Antiquité et l’époque actuelle. Ainsi, comment ne pas voir un clin d’œil au collectif féministe La Barbe derrière ces actrices grimés en hommes pour se rendre à l’Assemblée ? Comment ne pas faire le lien avec les réflexions machistes de certains politiques lors de la présidentielle de 2007 ? Derrière une comédie d’apparence légère, L’Assemblée des femmes cache en fait un discours sur les liens entre pouvoir et genre. Et malgré vingt-cinq siècles d’évolution, il semble toujours aussi difficile de faire entendre que gouverner n’est pas l’apanage des hommes.

L’Antiquité au service du féminisme

Tout aussi antique, mais dans un registre diamétralement opposé, le Théâtre Al Hakawati, ou Théâtre national palestinien, présente Antigone de Sophocle, mis en scène par Adel Hakim du Théâtre des Quartiers d’Ivry, le 25 mai, au Théâtre de Vénissieux, dans le cadre de sa tournée française. Devant un austère palais qui filtre la lumière et au son de l’oud, Antigone, dans une robe immaculée, s’oppose aux ordres du roi, son oncle Créon, afin de rendre les hommages funéraires à la dépouille de son frère Polynice.

Figure de la rébellion contre un pouvoir sourd aux réclamations du peuple et porteuse de l’idée de réconciliation, l’héroïne tragique de Sophocle semble incarner les attentes et les espérances des Palestiniens, bien que le metteur en scène refuse une lecture manichéenne de la pièce calquée sur la situation du Proche-Orient. Néanmoins, que des comédiens qui vivent l’oppression dans leur vie quotidienne choisissent de prêter leurs voix à une femme en lutte, défiant la loi des hommes, ne peut pas laisser indifférent. Mis à distance par l’utilisation de la langue arabe, le texte trouve alors un souffle nouveau, qui semble puiser sa force dans ce berceau méditerranéen qui a vu naître notre civilisation. N’en déplaise à M. Guéant.

 

 

Une famille en or

Selon les mythes des anciens Grecs, Antigone est la fille qu’Œdipe a eu avec sa propre mère, Jocaste. Après le suicide de sa mère et l’exil de son père, ses frères Polynice et Étéocle s’entretuent pour le contrôle de Thèbes. Son oncle Créon monte alors sur le trône de la cité et ordonne que le corps de Polynice, désigné comme traître, soit laissé sans sépulture, tandis que celui d’Étéocle a droit à des funérailles en grande pompe. Antigone s’insurge alors contre cette décision et décide de rendre malgré tout les derniers hommages à son frère Polynice, déclenchant la fureur de Créon qui la condamne à être emmurée vivante. Depuis Sophocle, le destin tragique de cette héroïne à la lourde hérédité a inspiré un très grand nombre de dramaturges, dont Jean Cocteau (1922), Jean Anouilh (1944) ou encore Bertolt Brecht (1948).

 

 

Photo de Une : Antigone de Sophocle par le Théâtre national palestinien © Nabil Boutros
Photo 2 : L’Assemblée des femmes d’Aristophane mis en scène par Géraldine Bénichou et le Théâtre du Grabuge © DR

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