L’enthousiasme mondial suscité par le récent ralliement de Barack Obama à l’égalité des droits est à la fois disproportionné et prématuré.

Après des mois d’«évolution» et de «réflexion» (selon ses propres termes), Barack Obama a tranché : pour la première fois, le 44e Président des États-Unis s’est déclaré favorable, «à titre personnel» à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels. Cette déclaration est intervenue mercredi 9 mai 2012 dans le cadre d’un entretien avec la chaîne télévisuelle ABC.

Jusqu’à présent, le premier président afro-américain s’était refusé à prendre position sur ce sujet. Dimanche 6 mai, son vice-président, Joseph «Joe» Biden, l’a obligé à sortir du bois en se déclarant lui-même favorable à une telle évolution. Dans un contexte de campagne électorale (le mandat d’Obama sera – ou non – renouvelé le 6 novembre, soit dans moins de six mois), ses adversaires républicains n’ont pas manqué d’attaquer le président en l’accusant d’indécision sur cette question. Barack Obama n’avait donc plus d’autre choix que de sortir enfin du flou.

Cette prise de position a suscité, sans surprise, une vague d’optimisme dans les rangs des associations homosexuelles, aux États-Unis comme ailleurs. L’organisation internationale AllOut.org a ainsi lancé une pétition invitant les défenseurs des droits LGBT du monde entier à envoyer un message de félicitations au président américain pour l’encourager dans cette voie.

 

Un enthousiasme prématuré ?

Mais cette déclaration sera-t-elle suivie d’effets ? Barack Obama a pris soin de préciser dans son entretien à la chaîne ABC qu’il appartenait à chacun des cinquante États américains de se prononcer eux-mêmes pour ou contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Il n’a indiqué aucune intention d’ajouter ce combat à son agenda politique ou de le porter au niveau fédéral, comme l’avait fait en 1964 son prédécesseur Lyndon B. Johnson avec le Civil Right Acts (qui a rendu illégale toute discrimination à l’égard des Afro-Américains). Par ailleurs, l’histoire américaine montre que les droits civiques n’ont jamais progressé que grâce à l’impulsion de l’État fédéral, sans laquelle l’esclavage ou la ségrégation n’auraient sans doute jamais été abolis.

En refusant de donner cette impulsion, le président des États-Unis entérine de fait la situation existante : à l’heure actuelle, six États américains (le Connecticut, l’Iowa, le Massachusetts, le New Hampshire, le Vermont et l’État de New York), ainsi que le district fédéral de Washington autorisent les gays et les lesbiennes à se marier, tandis que trente autres ont constitutionnellement interdit le mariage aux couples de même sexe.

Rien ne devrait donc changer pour les gays et les lesbiennes américains suite à cette déclaration de Barack Obama, du moins tant que celui-ci n’affirmera pas sa volonté d’inscrire cette réforme à son agenda national.

 

Photo © Pete Souza / Official White House

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