«Olivier Falorni incarne «l’homme blanc en colère», dont une femme empêcherait de reconnaître le considérable mérite. Le sexisme antiparitaire n’est donc pas apolitique.»

Éric Fassin, Un drame burlesque qui révèle l’ampleur du sexisme antiparitaire, Le Monde, 21 juin 2012

Ce n’est pas la première fois que les prises de position publiques d’Éric Fassin nous laissent songeur. On avait déjà été surpris de voir cet intellectuel brillant, diplômé de Normale Sup’, sociologue à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, spécialiste de la politique des sexes et de la déconstruction du genre, prendre fait et cause pour le port du voile à l’école, autrement dit pour le marqueur le plus évident de la non-mixité et de l’inégalité hommes-femmes. On ne sait trop s’il faut rire ou pleurer devant le chant d’amour à Ségolène Royal qu’il a publié récemment dans une tribune libre du quotidien Le Monde le 21 juin dernier.

Il y explique que la récente défaite de l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 a pour raison principale l’indécrottable machisme des électeurs, incapables de saisir la chance historique qui leur était offerte d’envoyer pour la première fois une femme au perchoir de l’Assemblée nationale. N’était-ce pas d’ailleurs l’unique argument de campagne de la candidate, prête à faire don de sa personne à la cause du féminisme et de la parité, sans qu’aucune considération ou ambition personnelle (nous assénait-elle sans rire) n’entre en jeu dans cette affaire ?

Peu importe aux yeux d’Éric Fassin que les militants socialistes de La Rochelle aient pu légitimement s’irriter de voir la championne autoproclamée de la démocratie participative et locale s’imposer dans cette circonscription sans que la base du PS charentais n’ait été consultée. Peu importe, toujours, que ces mêmes militants se soient révoltés contre ce nouvel exemple de «parachutage», pratique détestable qui empoisonne la vie politique française en freinant le renouvellement de la classe politique et en permettant aux mêmes dinosaures de squatter impunément le devant de la scène électorale pendant des décennies (le cas de l’increvable Jack Lang, qui devrait être à la retraite depuis bien longtemps, en est une bonne illustration).

Puisqu’on vous dit qu’il s’agit d’une élection nationale, et non locale ! D’ailleurs, a-t-on jamais vu un député profiter abusivement de son mandat national pour arroser sa circonscription de ses bienfaits ? Non, évidemment… Mieux encore : pour notre sociologue, les opposants au parachutage seraient en réalité partisans d’«une forme de «préférence locale» dans la représentation nationale», version décentralisée de la «préférence nationale» défendue par le Front National. Autrement dit, cet attachement suspect aux racines et à la terre, feraient d’eux rien moins que… des pétainistes larvés, bien entendu !

Devant un tel galimatias de sottises, on ne peut évidemment que se réjouir de voir la proportion de femmes au Parlement augmenter à l’occasion de ces élections législatives et déplorer que la frilosité des appareils partisans (plus sans doute que celle des électeurs) continuent à priver celles-ci d’une représentation équilibrée. Mais c’est bien mal défendre le féminisme que d’oublier que ces 155 députées ont été élues non pas en raison de leur sexe, mais bien parce qu’elles ont été jugées plus compétentes ou efficaces que leurs adversaires, souvent masculins. Et d’omettre au passage qu’aucune ambition personnelle, aussi féroce soit-elle, n’a jamais fait progresser la cause des femmes dans son ensemble.

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