Adir Steiner est coordinateur de la Gay Pride de Tel-Aviv et l’un des ambassadeurs de la communauté gay israélienne à l’étranger.

Pourquoi le gouvernement israélien communique-t-il tellement sur la vitalité homosexuelle d’une ville comme Tel-Aviv ?
Cet effort de communication n’est pas tant dû au gouvernement israélien qu’à des initiatives privées. Moi-même, même si je travaille pour la mairie de Tel-Aviv, je me considère avant tout comme un activiste gay. Mon travail consiste à promouvoir le tourisme gay et lesbien et les relations entre la communauté homosexuelle de Tel-Aviv et celles de l’étranger. En 1999, j’ai participé au lancement de la première Gay Pride officielle de Tel-Aviv, qui est pleinement soutenue par la mairie et qui est devenue une vitrine de la ville. Mais derrière chaque effort des autorités pour les droits des homosexuels, derrière chaque campagne de communication gouvernementale en faveur du tourisme LGBT, en Israël comme ailleurs, il y a très souvent, à l’origine, un(e) activiste gay ou lesbienne comme moi.

Quels sont les aspects de la vie gay à Tel-Aviv que vous tentez de mettre en avant ?
Nous essayons de montrer au monde une image (de Tel-Aviv en particulier et d’Israël en général) différente de ce que les gens peuvent voir à la télévision. Bien souvent, on ne parle de nous à l’étranger qu’à travers le conflit avec les Palestiniens. Il est donc primordial de faire savoir que Tel-Aviv est une ville très ouverte, très tolérante, où il est tout à fait banal de voir deux hommes se tenir par la main dans la rue et où les homosexuels jouissent des mêmes droits que dans les autres pays occidentaux. Il y a également de très belles plages (notamment des plages gays), une vie nocturne très dynamique, des fêtes permanentes, une scène culturelle extraordinaire (en particulier en ce qui concerne la danse)… Sans oublier la nourriture, qui est excellente ! Ici, vous pouvez vous restaurez facilement même à 2h du matin, ce qui est loin d’être le cas dans d’autres grandes villes…

Que répondez-vous aux accusations de «pinkwashing» formulées à l’encontre d’Israël par certains militants queers ?
J’y suis confronté de temps en temps. J’avoue que je ne les comprends pas. Je ne vois pas le rapport entre ce que je fais et les problèmes que peut rencontrer le gouvernement israélien dans le contexte du conflit avec les Palestiniens. Je sais qu’Israël est souvent critiqué, mais peut-être pourrait-on enfin admettre que, dans certains domaines, il nous arrive aussi de faire de bonnes choses. En fait, je ne saisis pas pourquoi il nous faudrait nous justifier. Où est le problème à dire qu’à Tel-Aviv, vivre son homosexualité est beaucoup plus facile que dans beaucoup d’autres pays qui nous entourent ?

Que pensez-vous des accusations d’homophobie au sein des forces armées israéliennes ?
En 1992, mon compagnon, qui était colonel de l’armée israélienne et ouvertement gay, est décédé durant son service. Deux ans plus tard, j’ai entamé des démarches pour réclamer les mêmes droits et garanties que celles accordées aux veufs et aux veuves des soldat(e)s morts sous les drapeaux. Après quatre ans de batailles juridiques, Tsahal a fini par m’accorder une pension et le droit de participer aux cérémonies commémoratives, exactement comme si nous avions été un couple hétérosexuel marié. Je ne sais pas à quoi vous faites référence lorsque vous parlez de discriminations au sein de l’armée. Mais voilà mon expérience.

 

 

Tel-Aviv, «The Bubble»

À l’inverse de Jérusalem, où le poids des trois grandes religions monothéistes ne joue pas franchement en faveur des gays et des lesbiennes (et où chaque rassemblement en faveur de l’égalité des droits se heurte à l’opposition très vive des ultra-orthodoxes juifs), Tel-Aviv a la réputation d’être une ville plus libérée et plus tolérante que le reste d’Israël en matière de sexualité. Cette spécificité ne concerne pas que les mœurs : par bien d’autres aspects (culturels, intellectuels, politiques), la deuxième ville du pays (considérée comme la capitale de l’État hébreu par la communauté internationale, même si le gouvernement israélien est établi à Jérusalem) est véritablement «à part», ce qui lui vaut le surnom de «The Bubble» (la bulle). The Bubble, c’est également le titre d’un film du réalisateur israélien Eytan Fox (2007), qui décrit l’histoire d’amour entre un Israélien et un Palestinien.

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