Lorsque Jeanette Winterson, encore adolescente, annonce à sa mère qu’elle aime une fille et qu’elle est heureuse, celle-ci lui demande en retour : «pourquoi être heureux quand on peut être normal ?».

Une interrogation qui donnera, bien des années plus tard, son titre à la stupéfiante autobiographie de sa fille. Winterson, largement méconnue en France, est pourtant l’une des figures les plus radicales de la littérature anglaise, une militante lesbienne et féministe en guerre permanente contre l’establishment et les diktats religieux. Découverte en 1985 avec son premier roman, Les Oranges ne sont pas les seuls fruits (un récit initiatique où elle racontait déjà son enfance sous forme de fable), elle acquiert rapidement le statut d’icône lesbienne grâce à son franc-parler et à son goût pour la polémique. Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?, ses mémoires de jeune fille, ont pour personnage central une mère adoptive sadique, dépressive et pentecôtiste. L’enfant sera sauvée par les livres qu’elle emprunte en cachette à la bibliothèque, lorsque sa mère ne les brûle pas.

En toile de fond de ce récit, Manchester et les paysages gris du nord de l’Angleterre plongent le lecteur dans l’histoire de l’industrialisation, que l’auteur qualifie de «pleine de désespoir, d’excitation, de brutalité et de poésie», toutes choses qu’elle affirme porter en elle. Avec recul, voire froideur, Winterson évite tout pathos. Il est ici plutôt question de poésie, de rage et de tristesse certes, mais sans complaisance. Un récit pas complètement joyeux donc, mais heureusement tout sauf normal.

 

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson (éditions de l’Olivier)

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