En réponse à la « Prière pour la France » défendue par la hiérarchie catholique, les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence du Couvent des 69 Gaules ont tenu à lire en public un texte « de Joie, de Paix et d’Amour ».

L’Église catholique française sentirait-elle qu’elle est sur le point de perdre la bataille de l’égalité des droits ? Alors que le gouvernement a annoncé le dépôt fin octobre d’un projet de loi visant à ouvrir mariage et adoption aux couples de même sexe, la Conférence des évêques de France a adressé le 30 juillet à tous les diocèses du pays une lettre reprenant les arguments traditionnels de l’Église contre cette réforme. Cette «Prière pour la France», destinée à être lue à l’occasion de la fête de l’Assomption, enjoint notamment les députés fraîchement élus à faire triompher «leur sens du bien commun de la société» sur «les requêtes particulières» (du mouvement LBGT) et présente l’homoparentalité comme la satisfaction égoïste d’un désir des adultes au détriment des enfants. Rien de très neuf sur le fond, donc, même s’il est assez rare que la hiérarchie catholique prenne aussi clairement position dans un débat politique. Les associations homosexuelles, mais aussi des partis politiques comme les Radicaux de gauche (traditionnellement très attachés à la laïcité), n’ont d’ailleurs pas tardé à dénoncer une atteinte à la loi de 1905 portant sur la séparation des Églises et de l’État.

Mariage forcé

À Lyon, la riposte est venue des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence du Couvent des 69 Gaules. Ces religieuses d’un genre très spécial ne pouvaient évidemment rester insensibles à la réactivation d’un tel discours anti-égalitariste au nom de la foi. Le 15 août, malgré la difficulté à mobiliser des militants souvent partis en vacances, elles ont donc tenu à réunir leurs propres ouailles sur la place des Terreaux afin de leur lire une prière de leur cru. «Au nom de Saint Harvey Milk», elles ont ainsi exhorté «Benoît» (XVI, NdlR), «Christian» (Vanneste, NdlR), «Éric» (Zemmour, NdlR) ou «Marine» (Le Pen, NdlR) à se libérer des démons «de l’ignorance, de la bigoterie, de la tristesse, de la bêtise, de la peur et de la haine». Elles ont également procédé au mariage symbolique de Mgr André Vingt-Trois (cardinal et président de la Conférence des évêques de France) avec Mgr Philippe Barbarin (archevêque de Lyon). Et cela, bien sûr, «sans votre consentement, Messieurs, puisque vous souhaitez que l’État continue à ne surtout pas nous demander le nôtre» ! Une fois la polémique estivale retombée, cette prière très médiatisée aura-t-elle beaucoup de conséquences sur la loi à venir ? Face à une majorité politique déterminée, cette tentative de l’Église de faire entendre sa voix risque fort de n’être qu’un baroud d’honneur. En ce sens, elle constitue bien un combat d’arrière-garde, dans la mesure où elle intervient sans doute trop tard pour contrer l’évolution du droit.

Erratum : en page 4 du numéro 70 d’Hétéroclite (septembre 2012), il est indiqué par erreur que l’action des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence menée place des Terreaux le 15 août dernier était organisée par le Couvent des Chênaies. Il s’agit en réalité du Couvent des 69 Gaules. Le coupable sera sévèrement châtié et implore les Sœurs, dans leur infinie miséricorde, de lui donner l’absolution pour ses innombrables péchés.

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