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Un collectif lyonnais entend donner à voir des «œuvres à caractère pornographiques» dans lesquelles des artistes se frottent à la culture du X.

Il est loin, le temps où la pornographie était méprisée, considérée comme un vulgaire expédient onaniste pour célibataires frustré, combattue conjointement par une partie des féministes et les tenants de l’ordre moral, au mieux jugée indigne de leur intérêt par les intellectuels, au pire décriée par eux comme un avatar d’une culture de masse aliénante. Depuis une bonne trentaine d’années au moins, chercheurs et artistes sont de plus en plus nombreux à s’emparer de la question à-bras-le-corps, et ce dans tous les domaines : littérature (Christine Angot), photographie (Terry Richardson), cinéma (Larry Clark), art contemporain (Lawrence Weiner), sans parler de la vogue du «porno chic» dans la mode ou la publicité. Ce n’est pas seulement que la production pornographique «classique» (films X, photographies licencieuses ou livres pour adultes) a connu un boom sans précédent (grâce notamment à Internet, qui a permis la réalisation et la diffusion rapides de millions d’«œuvres» amateurs conçues à la maison dans une logique très «do it yourself») : l’autre grand bouleversement, c’est que la frontière, autrefois hermétique, entre le porno et le non-porno, est devenue de plus en plus perméable et floue. C’est pour donner à voir toute l’étendue de ces «cultures pornographiques» que le collectif Only Porn a vu le jour à Lyon en 2012. Le 30 juin dernier, la toute nouvelle structure invitait au Lavoir public Hervé-Pierre Gustave, plus connu sous ses initiales : HPG. Le hardeur effectue depuis plusieurs années des vas-et-viens (forcément très érotiques !) entre films X «commerciaux» et cinéma d’auteur, plus personnel, où il se met lui-même en scène et qui lui vaut régulièrement les honneurs de la presse branchée parisienne. Il est actuellement à l’affiche de son deuxième long-métrage, sorti le 26 septembre : Les Mouvements du bassin (avec Éric Cantona et sa compagne Rachida Brakni), un film imparfait mais dérangeant, qui témoigne d’une grande sincérité. Pour sa deuxième soirée (dont le titre, De l’art ou du cochon, reflète bien l’ambition), Only Porn propose (toujours au Lavoir public) une projection de courts et moyens métrages qui tous ont en commun d’interroger le regard du spectateur, son rapport à l’étrange, à l’intime, à la censure et à l’autocensure. Et du 14 au 16 décembre, c’est tout un festival qui sera programmé, avec là encore des projections, mais aussi du spectacle live (La Sortie se trouve à l’intérieur, performance perturbante de Laure Giappiconi, déjà vue au Lavoir public en février) et même des ateliers. Ce genre de projets n’est pas une première en France : la capitale avait devancé Lyon dès 2008 en accueillant au cinéma Le Brady le Paris Porn Festival, dirigé par la théoricienne et activiste queer Marie-Hélène Bourcier. Mais, outre que l’initiative d’Only Porn est évidemment bien plus modeste (de par sa durée et le nombre de films projetés), ses promoteurs se défendent de toute intellectualisation du genre. «Nous sommes partis du constat qu’énormément d’artistes tournent actuellement autour de cette question du porno, et que celle-ci constitue une entrée intéressante dans leurs œuvres. Il existe aujourd’hui une production passionnante, de belles œuvres, que nous avons voulu montrer, tout simplement, et qui méritent de se voir reconnaître, non pas une respectabilité, mais une légitimité. En ce sens, notre questionnement est plus artistique que politique» explique Ivan Mitifiot, membre du collectif et par ailleurs coordinateur du festival de cinéma queer Écrans Mixtes. «Les œuvres projetées seront davantage des films à caractère pornographique que pornographiques», renchérit Olivier Rey, du Lavoir public. «Par ailleurs, les programmes ne sont pas regroupés par sexualité – nous sommes animés par une volonté de mixité avant tout». Gay, lesbienne ou hétéro, vous ne disposerez donc d’aucune excuse pour ne pas venir affronter vos propres tabous aux soirées d’OnlyPorn.

À lire

  • Virginie Despentes, Porno sorcières, in King Kong Théorie, Grasset, 160 pages
  • Marcela Iacub, De la pornographie en Amérique : la liberté d’expression à l’âge de la démocratie délibérative, Fayard, 300 pages
  • Beatriz Preciado, Pornotopie : Playboy et l’invention de la sexualité multimédia, Climats, 256 pages

Bonus : un extrait du court-métrage Impaled, réalisé par Larry Clark dans le cadre du projet Destricted (2006)

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