Georges Sidéris est président de l’association de lutte contre le sida Warning.

Qu’est-ce qui a changé dernièrement en matière de lutte contre le sida ?
La politique officielle de prévention, en France, a longtemps reposé uniquement sur l’usage du préservatif. Mais depuis le rapport Lert- Pialloux (2009), il est recommandé aux personnes séropositives d’utiliser à la fois la capote et un traitement antirétroviral. Cette stratégie dite du “test and treat“ (tester et traiter), qui a été promue lors de la Conférence internationale de lutte contre le sida de Vienne (2010), met l’accent sur l’importance de tester les personnes chez lesquelles la prévalence du VIH est la plus forte (homosexuels masculins, migrants d’origine subsaharienne…). D’où le développement depuis deux ans du dépistage, médicalisé ou non (comme le pratique AIDES). Pour Warning, il faut aller plus loin en légalisant les autotests, comme aux États-Unis, où ils sont en vente libre. Cette légalisation devra bien sûr être encadrée, notamment par la création d’une ligne d’appel 24h/24. Il ne faut évidemment pas qu’une personne découvrant sa séropositivité se retrouve toute seule ; elle a absolument besoin d’être accompagnée pour pouvoir rentrer dans le système de soins.

Quels espoirs placez-vous dans la prophylaxie pré-exposition (PrEP) ?
Pour nous, c’est une piste intéressante. Là encore, il existe une très forte différence entre les États-Unis et la France. Aux États-Unis, la prophylaxie pré-exposition en continu (avec Truvada) est disponible sur le marché depuis cet été. En France, le discours officiel à destination des personnes séropositives est celui de la “prévention combinée“ : le préservatif reste la base de la prévention, auquel s’ajoute un traitement rétroviral. À Warning, nous pensons que cela contribue à une certaine confusion dans les esprits : si le préservatif est efficace, pourquoi y ajouter le traitement ? Pour le moment, nous attendons les chiffres de l’Institut de Veille Sanitaire [qui seront dévoilés le 1er décembre, NdlR] pour savoir si le nombre de contaminations chez les gays augmente, et donc si la stratégie de la prévention combinée est efficace ou pas. Ce que nous, nous constatons ces dernières années, c’est une augmentation des contaminations chez les jeunes. Nous avons d’ailleurs alerté la ministre déléguée à la réussite éducative, George Pau-Langevin, à ce sujet.

Comment jugez-vous les campagnes de prévention ? Vous semblent-elles pertinentes, bien ciblées ?
Non, très nettement. Depuis un an, nous sommes insatisfaits des campagnes de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), qui connaissent une dérive, et nous lui avons fait savoir. Ces campagnes n’opèrent pas de distinction claire entre le vécu des personnes, qui est insuffisamment décrit, et le message de prévention. Tout est mélangé et on n’y comprend plus rien. Nous souhaiterions ainsi que Prends-moi [le magazine des sexualités gays, édité par l’INPES, NdlR] s’intéresse davantage à la vraie vie des homosexuels masculins, afin que ceux-ci puissent se reconnaître dedans et aient envie de le lire. Ce que nous trouvions intéressant dans ce projet éditorial, que nous avons soutenu à ses débuts, c’était l’ambition de refléter la vie gay dans sa diversité et sans jugement. Mais cette ambition s’est perdue et Prends-moi rencontre de moins en moins d’écho, avec un lectorat en baisse constante.

Avez-vous le sentiment que la communauté gay, notamment les plus jeunes de ses membres, se désintéresse de la question du sida ?
Non, je ne crois pas, même si c’est une thèse que je lis et que j’entends beaucoup. Pour moi, le problème vient plutôt de ce que les gays ne comprennent plus ce qu’on leur raconte parce que la diversité de leurs modes de vie n’est pas prise en compte. Les jeunes ne se reconnaissent pas dans la lutte contre le sida telle qu’elle est menée actuellement.

Warning

Créée fin 2003 à Paris par des militants qui «s’ennuy[aient] au sein d’associations figées dans leur conception sur la prévention», Warning se définit comme une association de lutte contre le sida et de promotion de la santé LGBT. «C’est d’abord un groupe de réflexion et d’information, qui apporte des idées mais ne donne pas de conseils comme peuvent le faire AIDES ou Act Up-Paris» précise son président, Georges Sidéris. Désireuse de promouvoir le concept de “santé gaie“ (titre de l’ouvrage publié en 2010 aux éditions Peppers avec le sociologue Jean-Yves Le Talec), l’association s’est développée en 2008 à Bruxelles et à Montréal, et en 2012 à Genève. Warning participe également à la défense des droits des gays et des lesbiennes africains, comme lors d’une campagne initiée en 2006 pour le Cameroun.

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